Il manquait une explication claire des Managed Futures. La voici.
Merci @NeonBoxer pour ta remarque pertinente dans un précédent thread. On y a réfléchi, on va préparer une leçon pour expliquer tout ça proprement, elle arrivera à la rentrée.
En attendant, voici un début de réponse pour ceux qui ont vu « Managed Futures » débarquer dans leur allocation et qui se demandent ce qu’il y a derrière ![]()
Au programme : ce que c’est, pourquoi on les recommande, comment on y accède, et deux bémols à avoir en tête.
Les Managed Futures, c’est quoi ?
Les Managed Futures sont des fonds qui utilisent des contrats à terme appelés futures. Voilà déjà l’explication du nom : les Managed Futures, ce sont des futures managés.
Les futures sont des contrats financiers qui fixent aujourd’hui le prix auquel on achètera ou on vendra quelque chose à une date future. Le prix des futures reflète les anticipations des investisseurs : si tout le monde pense que le pétrole vaudra plus cher dans trois mois, le prix de vente du contrat à terme à trois mois va refléter cette croyance. Pour comprendre en détail la mécanique des futures, on a tout expliqué dans la leçon sur les matières premières.
Les Managed Futures appartiennent à la grande famille des alternatifs liquides. Ils servent principalement la stratégie de Suivi de tendance (ou Trend Following, pour faire chic).
L’idée de départ du Trend Following est d’une simplicité désarmante : on achète ce qui monte, on vend ce qui baisse, sur un éventail de marchés à terme (actions, taux, devises, matières premières).
Le Trend Follower ne lit pas les bilans des entreprises et se tamponne des décisions de la Fed. Il exploite les biais comportementaux des investisseurs qui créent des vagues dans les prix : panique, euphorie, effet moutonnier.
Le Trend Follower ne prédit pas la vague. Il la constate et il sort le surf.
Tant que les investisseurs continueront à vouloir acheter ce qui monte et à fuir ce qui baisse, les Managed Futures auront de l’avenir.
Pour aller plus loin, la leçon sur les alternatifs liquides détaille différentes stratégies alternatives, dont le Trend Following.
Pourquoi on les recommande ?
Un seul maître mot : diversification.
Derrière ce mot, deux notions : la décorrélation et la convexité. Pour ceux qui veulent creuser et à qui les maths ne font pas peur, @Guillaume a rédigé une super explication sur ces notions.
Pour les autres, restez avec nous, vous allez comprendre.
1/ Première idée : la décorrélation
La stratégie du suivi de tendance montre une décorrélation, à la fois des actions et des obligations. En clair, elles ne bougent pas dans le même sens et c’est une excellente nouvelle.
Encore mieux : cette stratégie tend à donner ses meilleures performances les années où les actions et/ou les obligations se font durablement laminer. C’est exactement ce qu’on cherche dans un diversifiant.
L’indice de référence du secteur est le SG CTA[1]. Il fait simplement la moyenne d’un panier des 20 plus gros fonds de ce type.
Sur le quart de siècle écoulé, on tourne sur des rendements annualisés (après les frais) de 4,5 % pour une volatilité dans les 8,5 %.
Les chiffres lors des grandes crises parlent d’eux-mêmes :
- 2008, crise des subprimes : les actions plongent de – 40 %. L’indice SG CTA gagne + 13 %.
- 2022, choc d’inflation post-Covid : actions et obligations chutent (de – 15 % à – 20 %). L’indice SG CTA, lui, gagne + 20 %.
Ces résultats s’expliquent par le fait que les stratégies Trend peuvent prendre des positions à découvert, c’est-à-dire avoir une exposition négative aux actions lorsque celles-ci dévissent.
Corrélations glissantes 12 mois de l’indice SG CTA. IEF = obligations. GSG = matières premières.
Plus c’est rouge, plus ça bouge dans le même sens. Plus c’est bleu, plus ça bouge en sens inverse. On veut du rouge quand les actions et obligations montent ; on veut du bleu quand elles baissent.
Joli, non ?
2/ Deuxième idée : la convexité
On dit que le Trend apporte de la convexité à un portefeuille d’actions ou d’obligations : lorsque les actions performent, le Trend performe. Lorsqu’elles se font tailler un short, le Trend performe aussi.
Chaque point est une année. À gauche, les années de fortes baisses ; à droite, les années de fortes hausses. Au milieu, les tendances moins marquées.
Pour chaque classe d’actifs, la courbe des rendements annuels de l’indice SG CTA ressemble plus à une vallée (convexe) qu’à une montagne (concave) : les deux extrémités remontent.
La convexité est une qualité précieuse pour un actif de diversification. À condition qu’elle ne se paie pas au prix de performances misérables lors des années sans tendance claire.
Décorrélation et convexité : voilà pourquoi les Managed Futures prennent tout leur sens dans un portefeuille diversifié.
C’est le raisin avec le fromage[2]. Les Managed Futures ne sont pas là pour remplacer les actions, mais pour les compléter.
À lire aussi, sous la plume de @Guillaume : MSCI World, assurance-vie pilotée : comment Cayas fait (bien) mieux, à risque égal.
Comment on y accède ?
La plupart des alternatifs liquides sont difficiles d’accès pour les investisseurs particuliers. Les Managed Futures font exception : on investit dans un fonds de Managed Futures presque aussi facilement que dans n’importe quel ETF.
Les frais sont raisonnables, quoique plus élevés que les ETF auxquels on est maintenant habitués : certains fonds tournent autour de 0,60 % à 0,80 % de frais.
Et les Managed Futures commencent à attirer l’attention du public : les encours augmentent, et une nouvelle offre de fonds arrive sur le marché.
Deux bémols quand même
Bémol #1 : il faut diversifier les gérants.
Chaque gérant a sa propre recette pour définir quand ça monte, quand ça baisse, et à partir de quand on considère que ça change de direction. Les résultats sont très sensibles à ces paramètres et chaque recette marche plus ou moins bien selon les années. D’où des écarts de performance significatifs entre gérants. Les meilleurs d’hier ne seront pas les meilleurs de demain.
C’est le classique « On ne met pas tous ses œufs dans le même panier ».
Guillaume s’est prêté à l’exercice de répliquer un des représentants de cette catégorie, si vous voulez mettre les mains dans le cambouis.
Bémol #2 : le suivi de tendance a besoin… d’une tendance.
Ce qui fait le succès de cette stratégie, ce n’est pas la direction du marché, c’est la durée du mouvement : il faut une tendance suffisamment longue, d’au moins quelques mois.
Le suivi de tendance protège donc mal contre les mouvements de girouette, comme les chutes brutales, surtout si elles sont suivies d’une remontée tout aussi abrupte.
Pour résumer
Les Managed Futures nous intéressent pour leurs caractéristiques de diversification : ils gagnent et perdent à des moments différents du reste du portefeuille. Leur rôle n’est pas de remplacer les actions ou les obligations, c’est de faire autre chose, et de rendre le portefeuille plus résilient.
Les Managed Futures ne sont ni magiques, ni une assurance anti-krach. Juste un bon diversifiant, parmi d’autres possibles. Une corde de plus à l’arc de votre portefeuille, qui évoluera selon votre profil et vos projets de vie.


