Allez, c’est parti ! Pavé d’explications un peu technique, désolée on ouvre la boite noire.
TLDR :
- Les 3 univers ont des portefeuilles de marché différents, donc pas les mêmes hypothèses. C’est comparer des pommes et des carottes. Avec le même portefeuille de marché, on arrive sur un 2.68% vs. 3.02% en faveur du portefeuille diversifié avec levier.
- Les hypothèses toujours : on est conservateurs en général, mais particulièrement sur les alternatifs. Bref, les obligations ont l’air comparativement plus quali parce qu’on a nerf les alternatifs.
- Non, le portefeuille actions/obligations n’est pas mieux.
I. Black-Litermann & le portefeuille de marché
Comparer l’univers simplifié et l’univers recommandé, malheureusement, c’est comparer des pommes et des carottes.
Afin de limiter les biais extrême et l’hypersensibilité aux hypothèses, l’algo s’appuie sur le modèle Black-Littermann. Les hypothèses renseignées ne sont pas prise en compte tel quel : le modèle applique un score de « confiance » dans nos hypothèses en référence à un portefeuille de marché.
Le portefeuille de marché représente la composition de référence de l’univers d’investissement considéré, donc les poids « naturels » des différentes classes d’actifs et leurs rendements d’équilibre implicites. Plus les hypothèses en entrée s’en rapprochent, plus le score de confiance est élevé. Ça évite les résultats délulu : si quelqu’un met 8% d’espérance de rendement aux obligations, oui bon, le score de confiance sera faible et la prise en compte de ces hypothèses sera sous-pondéré.
Le hic : chaque univers d’investissement a son propre portefeuille de marché. Les hypothèses en sortie sont donc différentes. Typiquement, les actifs alternatifs n’existent pas dans le portefeuille de marché de l’univers simplifié.
Ça a été implémenté comme ça avec les meilleures intentions de rigueur académique : un portefeuille de marché pour chaque configuration, ne pas imposer des croyances globales uniques.
Le retour sur expérience : c’est plutôt un problème et ça ne nous plait pas. Mais comme les hypothèses sont une hydre avec des impacts partout, modifier ça maintenant nécessite un gros investissement en ressources, que Cayas préfère prioriser ailleurs.
DONC ! Comparons sur la base du portefeuille de marché de l’univers recommandé.
Scénario 1 : Gamma 2.3, univers recommandé hors MF/Or/Matières premières, levier max. 100%
Scénario 2 : Gamma 2.3, univers recommandé, levier max. 150%
On voit là un rendement réel espéré de 2.68% contre 3.02% : là, on commence à voir une sacré différence.
II. Des hypothèses conservatrices, particulièrement sur les alternatifs liquides.
C’est pas un secret : les hypothèses de marché de Cayas sont conservatrices. Je refais pas l’explication, mais en gros : régression à la moyenne, focus sur le financement des projets, pas des marchands de tapis.
Les hypothèses sur les actions, les obligations et le monétaire sont globalement alignées avec les analyses des grandes maisons à 10 ans (Vanguard, Amundi, etc).
Mais sur les alternatifs, on a rajouté en plus un coup de rabot. Il y a moins de consensus sur les rendements futurs, les historiques sont plus hétérogènes avec nettement plus de dispersion entre gérants que sur les actions ou obligations. Autrement dit, le risque de surestimer les performances futures est plus élevé, donc on met la ceinture et les bretelles.
Par ailleurs, certaines de ces stratégies (notamment les Managed Futures) brillent dans les épisodes de rupture de marché. Mais les hypothèses sont calibrées sur des moyennes de long terme : elles ne cherchent pas à anticiper la prochaine crise ni à valoriser spécifiquement cette capacité de protection. On préfère partir d’hypothèses prudentes plutôt que d’attribuer ex ante une prime qui dépend de scénarios cycliques mais exceptionnels.
Je renvoie vers l’article de Guillaume sur l’intérêt de la diversification, notamment la section 2, où on voit bien l’intérêt d’un portefeuille diversifié sur des données de back-tests et avec des hypothèses historiques.
III. La frontière efficiente
L’algo détermine l’allocation qui optimise la frontière efficiente en prenant en compte le patrimoine illiquide et le plan de vie. Jamais deux allocations 100% identiques. Même post-MAJ, les actifs illiquides gardent un impact dans le calcul de l’optimisation, ils « déforment » la frontière efficiente, notamment par leurs corrélations avec les différentes classes d’actifs.
L’algo cherche la combinaison de classes d’actifs autorisées, avec le levier accessible, qui obtient l’espérance de rendement la plus haute tout en respectant les contraintes de volatilité, de valeur à risque, et de financement des projets. Autrement dit, le portefeuille retenu n’est pas nécessairement celui qui offre le rendement le plus élevé, mais celui qui offre le meilleur compromis entre rendement attendu et risque dans votre situation.
IV. Donc concrètement
Tout ça c’est de la modélisation à partir d’hypothèses à moyen terme. 
Il s’avère que, pour cette configuration spécifique d’actifs et de projets, on arrive à des résultats similaires entre :
- un 75/25, avec un portefeuille de marché qui exclut les actifs illiquides
- un 50/20/30 + 50% de levier, avec un portefeuille de marché qui inclut les actifs illiquides
L’espérance de rendement / volatilité / VAR, ainsi que les projections Monte Carlo, donnent également des résultats très similaires.
Maintenant, dans la pratique :
- Les actifs alternatifs existent dans le portefeuille de marché le plus proche de la réalité (hint : c’est pour ça que l’univers d’investissement s’appelle « Recommandé »). Quand on compare sur un pied d’égalité, on voit une vrai surperformance de l’allocation diversifiée avec levier.
- Les analyses historiques et la recherche académique ont tendance à montrer que les portefeuilles diversifiés avec du levier sortent gagnants de la comparaison avec l’alternative (merci @Paul juste au-dessus d’ailleurs
)
Pour finir mon propos nuancé, je donne deux choses au 75/25 :
- Il coûtera moins cher en frais. Par exemple, les instruments de Managed Future sont entre 0.6% et 1.2%. Quoi que, à mon humble avis, ce surcoût a de bonnes chances d’être compensé par une meilleure performance ajustée du risque.
- Il est moins complexe. On passe de 2 lignes à maintenir, contre 4 à 6. Mais bon, la raison d’être de Cayas c’est de réduire la friction de complexité en vous disant exactement quels comptes, quels instruments, comment arbitrer une allocation dynamique. ^^ Donc bon. Vous pouvez utiliser l’algo pour récupérer une reco de 75/25 sans levier hein… ça me semble juste un peu dommage.