Oui, c’est bien ça. Avec un levier de 2,5x sur des investissements classiques chez IBKR, tu peux encaisser 20% de pertes avant l’appel de marge.
Mettons que tu as une valeur liquidative initiale de 100 €, c’est-à-dire sur ce qu’il te resterait en poche si tu bazardais tout et que tu soldes tes dettes. Si tu investis avec 2,5 de levier, tu vas avoir une exposition de 250 €. Avec un ETF usuel, ta marge de maintenance est de 250 * 25% = 62,5 €. C’est au-dessous de tes 100 € de valeur liquidative, tout va bien.
Ta position prend -20% : tu pers 250 * 20% = 50 € et ta valeur liquidative n’est plus que de 100 - 50 € = 50 €. Ton exposition est alors de 200 €, ce qui demande une marge de maintenance de 50 €. Ric-rac !
La subtilité, c’est que tu considères que le levier x2,5 est kamikaze. C’est faux : dans ton scénario, tu n’as pas un levier de 2,5x mais de x4 après ta perte. On ne laisse pas varier son taux de levier dans des proportions aussi énormes. C’est une situation que tu dois résoudre bien avant un appel de marge.
Si tu décides d’investir à un levier 2,5x, tu peux envisager de le laisser varier entre 2,25 et 2,75 avant de rééquilibrer, c’est-à-dire de ramener ton niveau de levier à celui dicté par ta stratégie. Le choix d’une fréquence de rééquilibrage raisonnable dépendra de la volatilité attendue de ton portefeuille.
Garder son niveau de levier dans les clous est généralement bénin lorsque tes investissements s’apprécient : tu t’es fait de la thune, tu remets au pot en ajoutant de la dette, sans prendre plus de risque qu’avant. Plutôt facile à rationnaliser. Lorsque ton portefeuille se fait démonter, c’est très désagréable : tu t’es fait brutaliser et tu dois prendre sur toi pour vendre au fond du trou, en cristallisant des pertes. Un investisseur sans levier peut faire l’autruche, mais pas toi.
Si on investit avec levier, on doit raisonner en % de levier sur la valeur liquidative et non pas en montant de levier fixe. Ne pas prendre sur soi en encaisser ses pertes revient à jouer à la martingale : tu empiles du risque sur du risque.
Bref, tu ne calcules pas ton levier maximal pour que « ça passe » si on se refait une 2008. Tu le calcules par rapport à la perte extrême que ça pourrait engendrer sur ta période de réajustement du levier.
Un appel de marge, c’est juste le broker qui fait à ta place ce que tu aurais dû faire avant. Lors de ces ventes forcées, le broker ne cherche pas à te pénaliser, il te protège contre ton incurie (et c’est moins galère que de te mettre des agences de recouvrement aux fesses).
Pour la prise en compte des intérêts, c’est plus subtil. La marge est mesurée en continu par IBKR et tes box spreads n’ajoutent quasiment aucune exigence de marge par eux-mêmes. Comme ta période de rééquilibrage sera bien inférieure à l’année si tu cibles un levier élevé, c’est un phénomène d’ordre 2 par rapport à la volatilité de ton portefeuille.
Si tu es capable de t’astreindre à cette discipline de rééquilibrage, il reste des risques plus subtils au levier : un changement d’exigence de marge de certains de tes actifs, un mouvement intraday extrêmement brutal (flash crash) ou une crise de liquidité qui tomberait au moment où tu dois refinancer ta dette. Tu réduis ces risques en restant à un niveau de levier raisonnable sur le portefeuille global et en étant bien diversifié.