ETF à levier et coût de l'emprunt

Bonjour à tous,

Une question me taraude concernant l’ajustement de l’exposition aux actions (notamment en PEA) via les ETF x2 disponibles (LWLD ou CL2 par exemple). Ma question recoupe également les propositions de prise de levier sur l’allocateur Cayas.

Quel est l’impact du taux d’emprunt de ces ETF dans une stratégie long terme ? Imaginons que l’allocation optimale (theorique ou recommandée par l’allocateur aux regards des projets) contienne du levier sur actions mais que l’environnement de taux à l’instant t ne propose que des coûts d’emprunts prohibitifs, est-ce que ça pourrait remettre en cause cette stratégie ?

Est-ce que l’allocateur Cayas tient compte du taux d’emprunt pour ses propositions ? J’imagine que c’est compliqué car dépendant de l’instrument utilisé (LETF, lombard, short-box,…) et de la devise d’emprunt mais j’ai tout de même l’impression qu’il manque quelquechose dans la réflexion non ? :grinning_face_with_smiling_eyes::grinning_face_with_smiling_eyes::grinning_face_with_smiling_eyes:

Merci d’avance pour vos réponses éclairées !

2 « J'aime »

Ah, l’impact du levier. C’est toujours un sujet délicat.

Disclaimer : ce qui suit est un méchant pavé technique.

L’allocateur prend le taux du cash et lui ajoute un premium, qui correspond à ce qu’on pourrait obtenir avec du levier efficient (ce qu’on pourrait avoir avec des ETF à levier et des box spreads).

Une règle de base est qu’il ne faut pas utiliser de levier à des coûts qui vont au-delà de quelques dizaines de points de base (mettons 0,5%). Par coût, j’entends l’écart par rapport aux taux des obligations souveraines les plus sûres pour cette devises (le taux sans risque).

Prendre une avance sur titres sur son AV ou un lombard avec un taux à €ster + 1% ne permet généralement pas d’obtenir un portefeuille avec un compromis rendement/risque supérieur à un simple portefeuille sans levier. Surtout si on réinvestit ça dans son AV avec des frais de 0,5 à 0,8%.

Si l’on fait du levier, on doit le faire avec des outils suffisamment efficaces. N’appelez pas Cetelem pour investir avec du levier s’il vous plaît. :sweat_smile: Même si le bonhomme tout vert est rigolo.

Lorsque les taux courts augmentent, même avec des outils efficaces, on emprunte plus cher.[1]. Une partie du coût peut se répercuter sur les espérance de rendements futurs : typiquement, si les taux courts augmentent durablement, les rendements à maturité des obligations à plus long terme ont tendance à augmenter aussi. L’effet semble plus ténu sur les actions (je ne retrouve pas le papier qui en parlait pour le moment), mais des taux d’emprunts plus élevés n’impliquent pas forcément une espérance de rendement moindre pour le portefeuille à levier, selon sa composition.

Néanmoins, des taux courts élevés pourraient quand même dégrader le compromis rendement/risque d’un portefeuille à levier. Ce qui tombe bien, c’est que nous mettons à jour nos hypothèses de marché régulièrement : si les taux courts augmentent beaucoup par rapport aux espérances de rendement des autres actifs, l’optimiseur mettra la pédale douce sur le levier et pourrait privilégier un investissement plus concentré en actifs risqués.

C’est pour ça qu’il ne faut pas surinterpréter le graphique d’allocation temporelle de l’outil Plans de Vie : il donne une vision de l’évolution de l’allocation qui utilise les hypothèses de marché à l’instant t et il affiche uniquement l’allocation adaptée pour le scénario considéré (médian, 25% défavorable, 10% vraiment défavorable). Même si vos projets ne changent pas, la trajectoire de votre allocation réelle au fil du temps variera selon les hypothèses de marché et les rendements réalisés.

Sinon, sujet connexe, on va vous ajouter un paramètre pour piloter le levier maximal que l’optimiseur peut utiliser d’ici quelques semaines. Cela vous permettra de mieux jouer avec ce facteur pour tenir compte des instruments que vous avez à disposition. Actuellement, le levier maximal autorisé est relié au profil de risque, c’est contraignant (même si ceux qui ont besoin et ont envie d’avoir un levier important sont généralement des profils investisseur offensifs).

Puisque tu parlais des devises, on prend la position « marchés efficients » pour le moment : les différences de taux de rémunération du cash entre devises devraient se retrouver l’évolution des taux de change. Autrement dit : sur le long terme, il n’est pas forcément meilleur marché d’emprunter en € à 2% qu’en $ à 4%[2]


  1. La Fayette Palice, nous voilà ↩︎

  2. Même si je reconnais que les carry trades ont tendance à marcher historiquement, même si on ne collecte pas tout l’écart ! ↩︎

3 « J'aime »

Merci @vincent.p pour ta réponse !!

J’ai effectivement fait un raccourci trop rapide. J’ai fait un focus sur le spread entre le taux sans risque et l’espérance de rendement de l’actif considéré, alors que ce qui est important effectivement c’est le spread entre le taux sans risque (le plus bas possible à l’instant t) et le taux obtenu pour le levier.

C’est top que l’outil prenne en compte ce taux d’emprunt pour la proposition du levier ! Vous avez vraiment pensé à tout :grinning_face_with_smiling_eyes:. Quel taux utilisez-vous ? L’€STR j’imagine ?

Tu dis que l’augmentation des taux n’impliquent pas une espérance de rendement moindre sur le long terme pour le portefeuille à levier, mais à court terme, la montée des taux répercutée dans l’emprunt utilisé par les ETF à levier, impliquera bien une baisse du marché actions normalement non ? J’imagine que dans ce cas, on achète plus de parts pour moins cher mais avec un taux élevé.

Ça serait tellement plus simple d’avoir un taux fixe (et faible tant qu’à faire) comme pour l’immobilier :grinning_face_with_smiling_eyes::grinning_face_with_smiling_eyes::grinning_face_with_smiling_eyes: !

Une option pour pouvoir choisir d’utiliser ou non du levier financier serait effectivement très intéressante car, en fonction de l’allocation proposée, tout ne peut pas se régler avec un ETF à levier en PEA, ça demandera un compte sur marge ou autre, bien plus compliqué de gérer dynamiquement le levier pour un investisseur lambda.

Merci encore pour ta réponse :blush:

On prend directement le hypothèses de marché que tu mets sur le monétaire ! Historiquement, ça correspond à peu près à l’inflation attendue +0,5%.

C’est hyper difficile à dire. Les marchés anticipent les mouvements des taux courts et cela impacte les valorisations des actifs. Tu subis donc ces variations sur tes investissements avant même que les taux ne bougent. Souvent, une hausse des taux induit une baisse du prix des actions.

Mais quel est l’impact sur l’espérance de rendement des actions à 10 ans ?

Il se peut que l’écart entre les nouveaux taux et les nouvelles espérances de rendement reste stable (i.e. tu as déjà absorbé l’impact du changement des taux via les mouvement de prix des assets pricés par le marché en avance de phase).

Face à ces incertitudes, le plus sage me semble d’appliquer une démarché systématique : tu as des méthodes d’estimation des espérances de rendement, de la vol et de corrélations, tu constates les prix et les taux d’emprunts et tu donnes ça à manger à ton modèle qui te dit quel taux de levier semble adéquat.

En tout cas, c’est ce qu’on fait dans les outils Cayas. On ne prétend pas être prescient, juste disciplinés et avec des méthodes cohérente avec la recherche.

À défaut de prescience, la zénitude !!! :grinning_face_with_smiling_eyes: Non plus sérieusement, je matche totalement avec ce raisonnement, de la data, des méthodes éprouvées et on laisse le modèle tourner pour décider de ce qui est optimal.

Effectivement, j’oublie trop rapidement que tout est déjà pricé, on en revient donc à la seule variable ajustable entre nos mains, le spread d’emprunt avec le taux ans sans risque.

Eh mais c’est top ça ! C’est vrai que le modèle est personnalisable, j’ai pas assez joué avec ce mode là ! Je fais trop confiance aux hypothèses Cayas hahaha !

Juste une petite question/remontée pour l’équipe : ça serait cool de pouvoir modifier les hypothèses, les paramètres du foyer directement devant l’allocateur pour avoir le retour en direct ! Ça éviterait les aller-retours sur l’interface. J’imagine que c’est une contrainte technique pour pouvoir prendre le temps de faire tourner la simulation… :thinking:

J’en remets encore une couche, mais félicitations à toute l’équipe pour le développement de l’allocateur (il est encore tout jeune !). Avec toutes les évolutions à venir (notamment la prise en compte des enveloppes) et ce qui a déjà été fait, ça va être un bel outil pour une réflexion macro sur nos patrimoines. Je trouve que ça met également un peu de hauteur dans les discussions/réflexions en ré-orientant (à juste titre) sur l’essentiel (allocation globale, capital humain/retraite, …). Bref, de belles choses à venir :+1: :+1::+1::+1:

3 « J'aime »