Je vais répondre à la question de manière dépassionnée. Vous me connaissez, je suis quelqu’un de plutôt mesuré, nuancé, même si j’ai évidemment - comme tout le monde - un biais politique. Et je pense que certains d’entre vous ont déjà lu mes interventions sur le forum fifi sur le sujet.
J’ai rendez-vous prochainement avec un gros cabinet d’avocat pour réfléchir concrètement à mon expatriation et surtout à son organisation en fonction de ma situation professionnelle actuelle (dirigeant d’entreprise).
Evidemment, ce n’est pas un projet à vocation uniquement fiscal, l’envie de vivre une expérience à l’étranger me turlupine depuis longtemps et ma compagne également, j’ai bêtement râté le train d’ERASMUS, j’ai un peu fouillé le sujet en 2012, pour l’instant ce qui m’avait retenu : la flemme (ERASMUS, la galère admin cette année là dans ma fac), la famille / les amis / ma “carrière” artistique / le boulot et oui… je suis très attaché à la qualité de vie française (la bouffe, les paysages, les musées), mais franchement tu peux aussi bien avoir quasiment la même chose en venant 1 semaine par mois et les pays dans lequel on mange correctement ne sont pas si difficile à trouver, idem les potes, ils sont déjà quasi tous partis d’IDF de toutes façons…
Ceci étant précisé, il est évident que la fiscalité, la situation budgétaire et plus globalement l’ambiance générale autour des “riches” en France - même si je pourrais complètement faire abstraction de ce dernier point si les deux sujets précédents n’étaient pas un problème - pèsent énormément dans la balance, je suis sincèrement pessimiste pour l’avenir du pays, ce qui n’est vraiment pas dans ma nature profonde. Je vais détaillé un peu mon diagnostique :
- Pays en déficit chronique, soit on s’endette, soit on augmente les impôts. Sachant que l’endettement revient à augmenter les impôts dans le futur
- 60 % de la population est bénéficiaire net du système : ça pose un réel problème démocratique, je ne vois pas comment on pourrait renverser cette dynamique par le système (élections), elle ne peut que s’accroître, c’est quasi mathématique. Hier, le centre (Borne, Lecornu) a annoncé discuter la suspension de la réforme des retraites pour grater une pseudo stabilité politique au PS qui ne durera pas 3 mois… La retraite, c’est la mère de toutes les réformes indispensables à ce pays et qui déjà dans sa forme actuelle était largement insuffisante. Ce qu’il faudrait faire c’est créer progressivement un second pilier par capitalisation privatisé ou non (on conserve un pilier par répartition minimal), passer à 67 voir 70 ans, ajouter une règle d’or d’équilibre (les dépenses ne peuvent pas dépasser les cotisations)
- Le poids de la retraite par répartition : certaines personnes le compare à un Ponzi, sincèrement c’est assez juste SAUF si c’était équilibré (d’où la règle d’or).
- Le poids du reste du modèle social : en tête duquel la sécu, là aussi largement captée par les retraités. Je suppose qu’il y a effectivement des gisements d’économie ailleurs, mais niveau ordre de grandeur on n’y sera pas.
- Le travail est trop taxé : c’est totalement désincitatif à l’activité et ça fait fuir les cerveaux et ceux qui veulent créer de la richesse
- Le capital est trop taxé : ça fait fuir les cerveaux et ceux qui veulent créer de la richesse
- Le taux d’activité est trop faible
- La situation démographique est critique : 1.7 actif pour 1 retraité aujourd’hui !
- La jeunesse a un veritable syndrôme de Stockholm : dans la rue pour défendre la retraite à 60 ans alors qu’elle est la première raison de leur manque d’avenir économique. Et quand tu vois les asso étudiantes influentes, elles essayent juste de gratter du revenu universel, de la sécurité sociale alimentaire (au secours!), toujours plus d’argent…
- Aucune offre politique non-collectiviste ou qui remettrait en cause le modèle social : on a vaguement au centre et quelques figures à droites qui militent pour de la responsabilité budgetaire mais sinon tous les partis rasent gratis et ne proposent que de taper plus dans le poche de quelqu’un : les immigrés, les riches ou cette fable bien pratique qui seraient les fraudeurs fiscaux / sociaux. Sur ce dernier point, oui, il y a probablement quelques Mds € à aller chercher par plus d’efficience, l’IA etc., mais les montants qu’on voit souvent me semblent totalement farfelus et basés sur du flan - et surtout personne n’estime réellement le coût et le ROI de la structure nécessaire pour aller récupérer cette fraude, s’il faut 4 ETP pour aller débusquer le restaurateur qui se met un billet dans la poche plutôt que dans le caisse… on va surtout augmenter les coûts de strucutre de l’état qui sont déjà trop élevés.
- Aucune offre politique qui promeut l’innovation, la croissance et les actifs : c’était la promesse de Macron en 2017, il a fait marche arrière à partir des gilets jaunes et surtout du Covid pour conserver le vote des retraités.
- L’éducation devrait être une priorité absolue, tout le monde s’en fout, or à l’heure de l’IA, des maths rois, on s’enfonce tous les ans dans les classements PISA sans que ça ne génère aucun émoi politique ou publique.
- Un décrochage phénoménal du PIB /hab vs USA ou Suisse ou d’autres pays d’Europe
Alors oui, il y a des belles boites, oui il y a des gens qui s’en sortent et font des choses même sur cette terre infertile, oui il y a - malgré les scores pisa catastrophiques - une offre de formation, notamment élitiste, d’excellente qualité, oui le pays est sublime, on y mange le meilleur fromage et les meilleurs produits de terroirs. Mais quand vous voyez le potentiel du pays, on devrait être largement au- dessus de la Suisse : une énergie abondante et pas chère (nucléaire), une situation géographique exceptionnelle au carrefour de l’europe qui devrait faire de nous le leader européen du commerce, une présence sur tous les continents avec nos DOM-TOM, l’arme nucléaire qui nous assure une influence géopolitique majeure, une démographie bien qu’inquiétante plutôt meilleure que nos voisins…
En fait, le pays vit sur sa rente de la richesse engendrée par l’après guerre : De Gaulle, Pompidou, VGE ont projetté le pays dans le futur, depuis on pédale en arrière.
Dans ce contexte, je ne vois pas comment ma situation pourrait s’améliorer et au contraire, je sais qu’elle va se dégrader, je sais qu’en conséquence de tous ces sujets évoqués ci-dessus, la pression sur ma boite, sur moi personnelement va augmenter et j’assume complètement d’estimer que je n’en aurais pas les épaules, de quitter le navire qui coule, de jeter l’éponge, c’est peut être lâche mais je préfère me sauver avant. Je ne veux plus contribuer à un système qui nous broie. Et d’un point de vu pratico-pratique au quotidien, l’instabilité fiscale induite par ce pays qui refuse de faire les réformes impopulaires représente une charge mentale très importante, des stratégies d’optimisation - possibles mais couteuses - et franchement changer toute ton architecture patrimoniale tous les 2-3 ans, c’est juste tellement relou, ça prend tellement de temps et d’énergie, j’ai envie de passer du temps à des choses plus positives, à comment développer mon business, à mes investissements.
Petit PS : j’ai l’air d’être un gros libertarien, mais je ne suis pas contre la redistribution, ni le modèle social, mais celui-ci doit être efficace et incitatif à l’activité. Si on s’endette c’est pour l’avenir (infrastructure, éducation) et pas pour le passé (les retraités). Aujourd’hui c’est tout le contraire qui est fait.