Alors, comme tu es abonné, ce qui nous donne réglementairement le droit de te conseiller, tu auras accès à la liste des fonds qu’on a sélectionnés (et disponibles chez ton courtier) dès qu’on aura sorti l’évolution en cours de beta.
Il y a une dominante de Trend Following dans les fonds que l’on a sélectionnés, c’est le style le plus établi dans les alternatifs liquides (et aussi celui qui me semble le plus robuste et qui devrait perdurer dans le futur).
A titre personnel, j’ai 3 fonds multistratégie :
AQR Apex (il existe des parts couvertes en € accessibles à partir de 10 k€ d’investissement)
Campbell Absolute Return (pas de minimum)
Winton Multistrategy (mais gros ticket de 50 k€ à l’entrée)
Chacun de ces fonds contient une exposition significative au Trend following (corrélations au SG Trend de l’ordre de 0,5 à 0,6).
J’ai aussi une batterie d’autres fonds Trend Following :
les deux ETF UCITS : DBMFE et je commence à allouer à FOLOW
Quelle stratégie de rééquilibrage interne appliquer entre chacun des fonds ? Car si le fond A fait -20% et le fonds B fait +20% sur le même style de gestion théorique, je me vois mal revendre le fonds B pour racheter le fonds A. Peut-être que simplement le fonds A est mauvais et n’est pas lié à son exposition sous-jacente, dans ce cas là autant le bazarder. Mais peut-être que l’idée est simplement de laisser la chance à chaque fonds pendant 10 ans et à chaque nouvel apport de liquidité sur la partie MF les réaffecter équitablement sans tenir compte de leur précédentes performances.
Est-ce rentable du point de vue de la fiscalité des PV (31,4% et ca va sans doute continuer…) de détenir 50 nuances de trend au delà de la pure répartition du risque entre les différents gérants ?
Je procède avec des bandes de rééquilibrage entre classes d’actifs et au sein de celles-ci. En gros, si la classe ou l’actif s’écartent de plus de x% (relatifs) de leur allocation cible (issue d’une optimisation similaire à celle de Cayas +) alors on rééquilibre.
Si je dois ajouter (resp. retirer) des alternatifs liquides (multistrat et managed futures confondus), je vais acheter l’actif le plus à la traîne (resp. vendre le plus en avance). Si les alternatifs sont proches de la cible en cumulé, alors je regarde entre les fonds et je vends les gagnants pour acheter les perdants.
Il faut des bandes suffisamment larges pour ne pas entraîner trop de frictions, mais pas trop pour bien récolter la volatilité entre les actifs. Généralement, on va laisser plus dériver au sein d’une classe d’actifs qu’entre classes d’actifs. On peut aussi décider de ne rééquilibrer qu’en partie vers la cible, ça limite les frictions.
En outre, comme j’ai un portefeuille à levier, les ajustements (à la hausse comme à la baisse) de la dette entraînent des cashflows qui poussent naturellement à rééquilibrer à l’occasion des flux entrants/sortants. La fiscalité n’est pas très problématique car je finance avec du levier en box spreads : pour des mouvements modérés de rééquilibrage, les gains réalisés seront généralement absorbés par les pertes antérieures.
Sur les liquids alts, chaque fonds va avoir des stratégies qui vont plus ou moins marcher selon l’allure du marché. Par exemple, un fonds « nerveux » qui réagit vite à chaque petite chute sera plus efficace pour capter les tendances brutales, mais se fera démolir si le marché zigue-zague beaucoup : il se mettra à accompagner un début de tendance et sera positionné à l’inverse de ce qu’il faut si le marché se retourne rapidement à la hausse. Un fonds « placide » ne captera pas bien les chutes brutales mais sera moins pénalisé par les zig-zags.
Les deux fonds peuvent être bons, mais simplement mieux adaptés à des régimes de marché différents… Comme on ne peut pas prédire à l’avance quelle recette sera la meilleure, on veut conserver les deux, même si le fonds « placide » a eu des résultats médiocres pendant quelques années.
On cherche plutôt à sélectionner des gérants qui semblent avoir un processus de gestion systématique réfléchi, on essaie de sélectionner plusieurs qui ont des approches différentent ou s’exposent à des marchés différents… Puis on sort le carnet de chèques, on croise les doigts et advienne que pourra.
Oh, joli ! Je la garde en stock, celle-là.
Un bon portefeuille, c’est un hymne au masochisme.
Merci pour ta réponse, c’est vraiment alléchant de découvrir que les suggestions de constructions du portefeuille vont aller dans le détail !
Il me semblait que les fonds multistrategie mélangent comme leur noms l’indiquent un bon nombre de stratégies différentes : typiquement un fonds comme AQR apex peut il est être categorisé dans une allocation comme managed futures ? J’avais cru comprendre qu’un fonds dédié MF existait chez AQR (LU1662502183).
Quand on sort des ETF actions/obligation ça devient un peu la jungle pour les néophytes, merci des éclairage de Cayas !!
La nomenclature des alternatifs liquides n’est pas d’une grande clarté. On croise généralement 3 dénominations :
Alternatifs liquides : c’est un ensemble de stratégies qui s’implémentent avec des instruments liquides tels que des futures ou d’autres dérivés. On y trouve du Trend (voir plus bas), mais aussi du Global Macro, de l’arbitrage de fusions/acquisitions, de l’investissement market neutral (comme le style Value)…
Managed Futures : décrit l’univers d’investissement du fonds, composé des grandes classes (actions, obligs, devises, matières premières) et qu’il investit dessus avec des produits dérivés (surtout des futures). Les managed futures sont inclus dans les CTA et les Liquid Alts, mais ne définit pas la stratégie sous-jacente.
CTA : c’est un statut réglementaire américain pour les fonds de managed futures. Cela ne préjuge pas de la stratégie du fonds.
Trend following, ça c’est une famille de stratégies qu’on peut implémenter avec différents instruments (notamment des futures). Et il s’avère que c’est généralement l’exposition principale des fonds Liquid Alts, dont les multistratégie.
Donc oui, ce n’est pas un si grand écart que de regrouper multistrat’ et managed futures : une bonne partie du risque, des sources de rendement et des outils de mise en oeuvre sont similaires. Certains fonds composant l’indice SG CTA sont des multistrat’.
Dans mon allocation à AQR, j’ai choisi Apex plutôt que Managed Futures car j’avais déjà accès à suffisamment de fonds de managed futures « classiques » pour diversifier les variantes de style Trend de mon portefeuille. L’intérêt est d’ajouter de la diversification avec des styles décorrélés des actifs tradi, mais aussi du Trend !
C’est clair.
J’ai passé pas mal de temps à faire des due diligences, mais au final il n’y a pas des centaines de fonds alternatifs qui cochent ces cases :
Des éléments de preuve que le gérant a un processus d’investissement solide (publications et track record)
Une corrélation attendue faible aux classes d’actifs traditionnelles
Disponible chez mon courtier CTO (Interactive Brokers)
On vous lisant il est très souvent question d incorporer les MF dans un portefeuille diversifié à levier. D où ma question : les MF ont ils du sens dans un portefeuille sans levier?
Avec des hypothèses usuelles à 10/20 ans,[1] le portefeuille actions / obligations souveraines / managed futures qui présente le meilleur compromis rendement/risque va être du genre :
30% actions,
40% souveraines
30% managed futures.
Il aurait un rendement attendu dans les 4,5% (nominaux) et une volatilité dans les 6 à 7%. En gros, une réduction de volatilité de plus de la moitié qu’un portefeuille 100% actions, au prix de 1,5% annualisés de rendement attendu en moins. Un portefeuille actions/obligations à ce niveau de volatilité (25% actions / 75% obligations) n’aurait qu’un rendement attendu de ~4%.
Si tu voulais remplacer un portefeuille 60/40, c’est-à-dire garder une espérance de rendement similaire de ~5%, il faudrait quelque chose comme un 40% actions/40% managed futures/20% obligations. Là tu aurais un beau gain sur la volatilité escomptée : réduction d’un quart, pour tomber entre 7 et 8% annualisés.
Si tu pars d’un portefeuille plus agressif, genre 80/20, le substitut serait 50/50 actions et managed futures. Là on aurait une belle réduction de volatilité (on passe de ~13% à ~10%) pour un rendement annualisé de 5,5%. Pas dégueu, mais ça implique de se vouer très fortement aux managed futures, qui peuvent avoir des traversées du désert longues (au même titre que les actions).
Mais si tu veux un niveau de risque équivalent aux actions, sans levier, y a pas à tortiller du popotin : il faut 100% actions. Autrement dit, se reposer totalement sur un seul moteur de rendement[2] au lieu de trois.
Bref, ça se fait carrément d’utiliser des managed futures sans levier, car c’est une classe d’actif qui est généralement packagée dans des fonds suffisamment volatils[3] pour diversifier sans en mettre des tartines.
C’est-à-dire un peu plus conservateur sur les actions que les 7 à 8% annualisés qu’on entend partout. ↩︎
certes historiquement très robuste si on a du temps avant de devoir consommer le portefeuille ! ↩︎
Aller j’essaie de deviner ce qu’il y a dans la recette sans les proportions :
Si c’est dans un box spread (avec un levier 1.75 il y a des chances) :
ETF DBMFE
ETF BNP FOLOW
AQR Apex
Green bonds ou bonds 7-10 ans US hedgé
Green bonds ou bonds Euro 7-10 ans
Or
World ou World ACWI
Peut etre remplacer un des bonds ou FOLOW par l’etf enhanced roll energy metals ou des cat bonds ?
et pour les proportions : 50% actions, et 1/6 sur chaque autre ligne ?
27% de souveraines (sans biais green, mais la dette publique est par essence plus « green » que la dette corporate), mélangeant des nominales et des indexées sur l’inflation. Je cible une duration de 10 à 11 ans (un peu plus que le mix de marché qui est à 8)
26% de liquid alts, avec une dominante sur le style trend. J’ai listé les liquid alts que j’ai en portefeuille un peu plus haut. Je n’ai pas fait une équirépartition entre les instruments (ni en terme de $ ni en terme de risque, mais selon mon estimation pifométrique de la robustesse du processus des gérants)
7% CAT Bonds (mon optimiseur en voudrait plus, mais les incertitudes sur la qualité des instruments pour m’y exposer font que je plafonne l’allocation)
5% Matières premières diversifiées
4% or, c’est une nouvelle position de ce cycle de rééquilibrage ! Finalement je sacrifie un peu à la relique barbare : même si je trouve que c’est un actif intrinsèquement un peu naze, on investit aussi pour récolter les biais psychologiques des autres investisseurs.
Un tail hedge delta neutre. Ca c’est un truc bien exotique, qui représente en valeur notionnelle un bon paquet d’actions (environ 20 à 25% de la position actions « stable ») et des PUTs indiciels. C’est un moteur de convexité avec une espérance de rendement négative mais une corrélation fortement négative aux actions en cas de krach : sans grand intérêt pris isolément, mais utile dans une logique de portefeuille.
Pour ce qui est des devises, j’estime l’exposition globale au dollar et je la corrige en levant une partie de la dette en USD pour que ça représente environ 30% USD et le reste en EUR. Je ne hedge pas totalement les devises, mais ma consommation restera probablement concentrée en zone Euro, donc c’est ma devise de référence.
Attention, gros caveat, c’est de la cuisine qui n’est pas nécessairement adéquate pour tout le monde :
j’ai une tolérance au risque plutôt élevée (éprouvé dans la réalité avec des chutes de 40% de mon patrimoine),
une partie de mon patrimoine est en sociétés non cotées en sus du portefeuille (j’aurais 5 à 10% en plus d’actions en portefeuille liquide sinon), j’ai aussi de l’immobilier physique (~7% du total) et des obligations participatives sur les renouvelables (3 à 4%)
je vis sur mon portefeuille donc j’ai du temps à y consacrer,
je suis raisonnablement à l’aise avec des instruments financiers un peu sophistiqués (produits dérivés).
Merci beaucoup pour la réponse détaillée ! Ca donne une idée d’un portefeuille « avancé »
Je pensais a 7 lignes, mais c’est nettement plus. J’y retrouve l’essentiel des actifs que je « connais » hors crypto, même si je ne me suis pas encore embarqué dans les cat bonds et que je ne pratique pas encore assez la couverture par puts (je devrais faire chauffer mon compte IBKR plus que ça)
Et désolé pour le HS
Plus un portefeuille est gros (et selon le niveau d’intérêt du détenteur pour la finance), plus il pourra y avoir des stratégies avancées. Comme il l’explique, Vincent se protège aussi contre des risques que le commun des mortels n’a pas/pas à ce niveau.
Attention à l’illusion « plus complexe = mieux ». Un portefeuille de 4-7 lignes peut être la meilleure stratégie, même pour des millionnaires.