[Croyance] Les Etats-Unis éternel paradis de la bourse

Les Etats-Unis sont depuis plus de 150 ans un pays de cocagne pour l’investisseur privé. Investir dans les actions américaines a toujours été un pari gagnant à long terme. Le rendement réel hors inflation est proche de 7% annuel.

Ces 15 dernières années, ce rendement a même dépassé 10%, porté par les plateformes géantes (GAFAM) et plus récemment par le phénomène IA.

Les marchés américains ont résisté à toutes les tempêtes. Il convient de noter que les Etats-Unis n’ont pas eu à subir une guerre sur leur sol depuis la Guerre de Sécession.

Avec l’essor des ETF, investir dans le marché américain n’a jamais été aussi simple, et cela semble une évidence de le faire.

La question que je pose dans ce fil est la suivante : les conditions de la prospérité américaine et de sa traduction en rendement financier pour l’actionnaire individuel ne sont elles pas en train de disparaître avec la démocratie américaine ?

J’écris ceci en écho à cet article : ‘Trump is aiming for dictatorship’. That’s the verdict of the world’s most credible democracy watchdog (The Varieties of Democracy Institute, aka V-Dem, Gothenburg University)

Our data on the USA goes back to 1789. What we’re seeing now is the most severe magnitude of democratic backsliding ever in the country.

J’ai mis ce sujet dans Psychologie de l’argent, car il s’agit ici de comprendre ce qui fonde nos croyances, si nous refusons de voir cette nouvelle réalité (aveuglement) ou si au contraire ce ne sont que des peurs excessives issues de nos psychoses (enfin les miennes ici :sweat_smile: ).

Vous avez 4 heures.

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Hello @KaminOO,

Ben tiens, Xavier a eu envie de te répondre :

Un peu de food for thought

J’habite a New York, je peux te dire qu’il y a un ecart monstrueux entre l’education financiere ici et en France. Tous mes colleagues investissent et savent investir diversifier en ETF etc depuis longtemps. Et cela na va pas changer avec une nouvelle politique.

Je pense que c’est un poste troll sur Trump, donc ca sert a rien de commenter sur la partie democratie.

Pour la finance, je peux te donner un example, il va sortir en juillet des “Trump Accounts” avec 1000 dollars par nouveau né (payé par le gov), je vais pouvoir en benificier et ce sera sur des ETFs de type SP500 uniquement. On peut egalement mettre 5000 dollars par an sans payer d’impot pour alimenter ces comptes. Il a tout compris puisque c’est comme ca qu’on peut avoir des future generations avec des retraites a 60 ans.

Un autre example est la facon dont ils taxent les investissements etranger sur des ETFS ou des fonds non US. Ils taxent chaque annee les gains au taux d’imposition le pire et donc aucun interet d’avoir des ETFS europeen. Cela pousse les expat a investir uniquement aux US et de toute facon ya pas photo sur les frais et les plateformes.

Par defaut, les comptes retraites 401k sont sur des target funds (mix de stock et bonds qui se balance en fonction de l’age). C’est dans la culture americaine de preparer sa retraite avec un 401k meme s’ils ont l’equivalent d’une petite retraite comme en France.

Un autre example, Trump veut interdire les achats immo par les grands groupes (type Vanguard) pour permettre a chacun d’acheter une maison. Je pense que c’est une bonne chose.

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Cela n’a rien de spécifique à Trump, qui est un symptôme et un catalyseur, et non une cause.

C’est le sujet du fil ! Les éléments que vous apportez sont intéressants, mais sans rapport avec le thème que j’essaie de lancer.

Mais peut-être est-ce ma faute et que je me suis mal exprimé.

Je tente donc de reformuler. L’institut cité dans l’article, qui semble extrêmement sérieux, a mesuré un recul sans précédent du fonctionnement démocratique en Amérique.

Cette tendance, si elle se poursuit, ne menace t-elle pas les conditions mêmes de la prospérité américaine d’une part, et tout aussi important pour nous autres investisseurs, nos droits vis-à-vis d’une kleptocracie en formation ?

Et si cela est bien le cas, ne sommes nous pas aveuglés par une forme de déni devant ce qui est en train d’advenir ? Et cela ne s’arrête pas aux Etats-Unis, bien évidemment, mais c’est le plus frappant.

C’est cet aspect psychologique qui m’intéresse ici. Comment nous nous adaptons face à des événements impensables il y a quelques années.

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À ce propos, je recommande chaudement la lecture de Why Nations Fail.

Ce que tu décris, c’est rigoureusement le cœur de la thèse qui a valu le Prix Nobel d’économie 2024 à Acemoglu, Johnson et Robinson. Leur argument, appuyé sur des siècles de données : la prospérité d’une nation n’est jamais due à sa géographie, sa culture ou au hasard, mais exclusivement à la nature de ses institutions.

Pour eux, la croissance n’est pas une loi naturelle. C’est le résultat direct d’institutions « inclusives » : celles qui répartissent le pouvoir politique, garantissent l’indépendance de la justice et protègent strictement les droits de propriété. Ce cadre démocratique permet à l’investisseur d’être protégé et au capital de fructifier en toute confiance.

C’est là que ta crainte prend tout son sens. Quand une démocratie recule, le système bascule vers ce qu’ils appellent des institutions « extractives ». L’objectif n’est plus de créer un terrain de jeu équitable, mais de permettre à une élite restreinte d’extraire la richesse produite par les autres. Et quelques signes récents montrent, à mon avis, une certaine dérive américaine dans cette direction.
Pour l’investisseur individuel via ETF, cette distinction n’est pas qu’une abstraction théorique. Elle a des conséquences très concrètes sur la dynamique de long terme.

Dans un système extractif, le risque premier n’est pas la confiscation directe, les apparences de l’État de droit restent souvent intactes. Le danger est plus insidieux : l’enrayement progressif du moteur économique. L’innovation ralentit parce que le système préfère protéger les acteurs en place et les monopoles plutôt que de laisser jouer la « destruction créatrice » qui a fait le succès américain.

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Oui, je comprends mieux ton point, mais je pense quand même qu’il y a un saut trop rapide entre recul démocratique et remise en cause concrète de la prospérité américaine ou des droits de l’investisseur. Je te donnais justement des exemples concrets de la réalité sur place.

Parce qu’en pratique, tout ce qu’on voit aujourd’hui aux US va encore dans l’autre sens : culture de l’investissement, ETF, 401k, innovation, profondeur des marchés, capitaux du monde entier. Donc parler déjà de kleptocratie menaçant l’investisseur, je trouve ça très exagéré.

La vraie question si tu crois vraiment à ce scénario, est-ce que tu en tires les conséquences dans ton portefeuille ? Parce que sinon, cela ressemble davantage à une inquiétude théorique qu’à une analyse d investissement.

Du coup, est-ce que tu as retiré les ETF US, ou même World, de tes investissements ? :slight_smile:

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Merci beaucoup, c’est le genre de lecture que j’adore.

Oui, cela me parait évident avec l’avènement des plateformes. Google Search était une merveille il y a 25 ans et c’est devenu une poubelle publicitaire géante. De même l’ergonomie des Amazon, Netflix, Youtube et bien d’autres régresse (enshittification). Ces entreprises disposent d’immenses rentes de situation. Et la manière dont leurs dirigeants se sont rangés derrière Trump est significative.

C’est en effet très intéressant. Mais comme justement évoqué par Guillaume, la confiscation de la richesse est indirecte, sinon cela ne passerait pas. Et nous n’en sommes qu’à 14 mois de Trump 2. L’offensive de démolition des institutions américaines ne fait peut-être que commencer. Les midterms seront probablement déterminants pour la suite.

Malheureusement oui. Et oui, je n’ai aucune action US dans mon portefeuille. Après, je suis un irréductible contrarien, souvent beaucoup trop en avance de phase.

Merci Julie. Xavier est très bon pour les finances personnelles, mais là c’est de l’histoire économique et c’est un peu léger. De façon amusante, les facteurs qu’il évoque ont contribué à l’ampleur du succès américain, mais cela n’explique nullement le non-effondrement. Pour cela, il aurait fallu comprendre pourquoi un empire s’effondre. Il ne parle d’ailleurs pas les institutions américaines.

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  1. Les checks and balances américains fonctionnent. On le voit concrètement les tribunaux ont bloqué ou ralenti les tarifs, suspendu des décrets sur l’immigration, limité les licenciements à USAID etc etc, . Le système est sous stress, mais il résiste exactement comme il a été conçu pour le faire.

  2. Les actions américaines ont produit leurs meilleurs rendements sous des administrations très différentes y compris sous des présidents au style autoritaire. Le marché ne vote pas il se soucie de la croissance des bénéfices, des taux d’intérêt, et de la capacité des entreprises à générer du cash.

Maintenant si la kleptocracie que tu décris se matérialisait vraiment ie effondrement institutionnel, défaut souverain, contrôle des capitaux etc etc.. aucun marché ne serait épargné. Ni européen, ni américain. La diversification géographique ne t’aidera pas. Le vrai positionnement cartésien serait : zéro actions, tout en fonds monétaires ou support euros ou voire des briques d’or sous ton lit. On sort entièrement du marché et on attend l’apocalypse. Ce n’est pas une stratégie d’investissement… Meme pour covid on aurait du resté investi et cetait la fin du monde.

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