Tips sur les TIPS

Bonjour à tous,

Je m’intéresse à l’ouverture d’une bonne partie de mon allocation aux obligations, et vois que la philosophie d’investissement de Cayas est globalement favorable aux TIPS, en raison de leur faculté à se protéger du risque d’inflation.

Deux questions / doutes me viennent :

  • La protection contre le risque d’inflation semble se monnayer assez chère, avec des performances assez nettement inférieures à vue de nez. Ce qui n’aide pas si l’on a déjà que c.1% de différence de perf entre taux d’emprunt et YTM de notre ETF obligataire… Dès lors, estimez vous qu’il y ait une allocation optimale aux TIPS ? Par exemple, avez-vous décidé d’y allouer la moitié de votre poche obligataire ? 100% ? 30% ? Et quel que soit ce chiffre, pourquoi pas moins/plus ?
  • En parcourant les ETFs TIPS, j’ai l’impression que ceux-ci ne sont jamais aussi diversifiés que dans les non-TIPS (souvent 100% obligations d’Etat, avec une tracking error parfois très important… Quel(s) ETFs TIPS utilisez-vous de votre côté ?
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Puisqu’on parle de contrer l’inflation, je suppose que tu regardes des obligations en €. Si on pense surtout consommer en Europe, on se fiche un peu de l’inflation aux USA. :grin:

Déjà, il faut comparer ce qui est comparable : les obligations indexées contre l’inflation sont des obligations d’Etat. Si on regarde dans la gamme iShares, tu as :

  • IEGA, mix gouvernemental en €. Duration 7,03, rendement nominal à maturité : 2,77% (en ajustant des frais de l’ETF et du prêt de titres).
  • IBCI, indexés sur l’inflation. Duration 7,55, rendement réel à maturité : 1,07 % (même ajustement).

IBCI va donc servir un rendement nominal égal à 1,07% plus l’inflation qui sera réalisée dans les pays qui ont émis cette dette : France à 45%, Italie à 30%, Espagne à 15% et 10% Allemagne. Si cette inflation est autour de 1,7% sur les 5 à 10 ans à venir, le rendement réalisé sera kif-kif entre les obligs indexées et nominales.

On peut estimer l’inflation que les marché prévoient pour la France en comparant l’OAT et l’OATi (indexé) à 10 ans : entre 1,9% et 2%. On ne peut donc pas vraiment présumer que cette protection se paye cher !

Personnellement, j’utilise 1/3 IBCI et 2/3 VAGF (Global Aggregate). La répartition est un peu arbitraire, les hypothèses que je mets dans mon optimiseur n’en rendent pas l’un significativement plus attrayant que l’autre. J’aurais pu prendre du moit’-moit’ !

Même si les deux options paraissent plus ou moins interchangeables si l’on regarde juste rendement et volatilité, j’apprécie le fait que les obligs indexées ne se comporteront pas pareil lors des crises inflationnistes… Là où les actions et les obligations indexées ont mal simultanément.

Typiquement, depuis en 2022, les hausses de taux on dézingué les obligations, mais les indexées ont été boostées par l’inflation :

L’inverse est vrai sur les périodes où l’inflation est plus faible qu’attendu :

Comme en plus j’investis avec levier à taux variable, ça ajoute une couche de complexité : les effets des bouffées d’inflation brèves sont atténués car ma dette perd de la valeur tandis que mes obligations indexées s’enchérissent, mais les longues périodes d’inflation qui poussent les banques centrales à agir font que mon coût de financement s’ajuste vite à l’inflation. Je n’ai pas quantifié ces effets !

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D’après ton message, aucun intérêt de s’exposer à un global inflation linked ou au TIPS si on est basé en Europe ?

Je regarde pour les TIPS, et il y a 2 ETFs qui m’intriguent

IE00B1FZSC47 (non hedgé) et IE00BDZVH966 (hedgé).

La version non hedgée a bien mieux performé que la hedgée. Intuitivement, je regarde le cours EUR / $ sur la même période,

Sur la période de comparaison des ETFs, on passe dun ratio €/$ de 1,23 à 1,16, donc la différence n est pas énorme, pourtant la perte entre les 2 ETFs elle est bien réelle !

D’ou vient cette différence ?

D ailleurs, de manière générale les états ont tout intérêts à manipuler les chiffres officiels de l’inflation, pour « moins » payer les fonctionnaires et les retraités.

Est-ce que l effet de protection contre l inflation est toujours pertinent même avec ce vent contraire ?

Il y a des avantages et des inconvénients à diversifier à l’international ses obligations indexées.

Ce qui peut poser problème, c’est que l’inflation ne varie pas uniformément dans tous les pays. Si l’UE se prend un gros choc inflationniste mais que les USA sont épargnés, tes TIPS n’auront pas l’effet escompté.

Ce risque de base me semble acceptable car les chocs inflationnistes touchent généralement tous les pays développés, certes à des degrés divers. Le revers de la médaille, c’est que tu as moins de bonus de diversification (réduction de volatilité) en diversifiant tes obligs indexées à l’international, justement parce que l’inflation a tendance à flamber partout !

En revanche, attention à l’exposition aux devises si tu ne prends pas un instrument couvert contre le risque de change ! Comme d’habitude, l’effet de la couverture est que tu « paies » la différence de taux courts entre les devises, ce qui ramène peu ou prou l’espérance de rendement à celle que tu aurais sur des obligations en € dès le départ.

Les avantages, c’est que :

  • tous les pays ne rémunèrent pas avec les mêmes taux réels. Tu diversifies le risque que l’Europe propose les plus mauvais taux réels sur le long terme.
  • le marché des TIPS aux USA est hyper liquide. Ca peut être un avantage en cas de grosses tensions sur les marchés, scénario où on peut avoir envie de bazarder des obligations pour rééquilibrer.
  • Chaque pays calcule son inflation à sa sauce (typiquement, est-ce que le coût du logement est inclus ou pas). Avec plusieurs pays, on s’expose à une combo de risque inflationniste différente.

Mais bon, au final c’est un sujet où il n’y aura probablement pas de différence colossale sur le long terme entre du mondial et de l’euro (dans le contexte de quelqu’un vivant en Europe, évidemment). Il y a toujours la possibilité de faire moit/moit lorsqu’on n’a pas d’avis fort. :grin:

Il me semble difficile de quantifier une érosion de l’état de droit et d’en déduire un ajustement concret de stratégie d’investissement. Comme d’habitude, les marchés sont probablement plus pertinents que moi pour tenir compte de tous les facteurs afin de déterminer les prix / taux des obligations indexées.

Et à titre personnel, je suis raisonnablement confiant sur le fait que les institutions françaises ne sont ni corrompues jusqu’à l’os, ni totalement dysfonctionnelles !