Merci pour le scénario chiffré, je pense que nous n’avons pas un avis si éloigné, à quelques nuances près.
Sur la méthode : « comparer des enveloppes vides »
Pour être clair sur la position de départ : cette étude n’est pas anti-AV par principe ou par hypothèse comme tu le dis. Elle modélise des scénarios, et les résultats pointent vers le CTO dans le cas général. L’assurance-vie y apparaît comme un outil pertinent dans des situations précises, conviction très forte sur des actifs très distribuants, transmission hors ligne directe, horizons courts. Ce n’est pas une conclusion idéologique, c’est ce que les chiffres indiquent.
Comparer les enveloppes indépendamment des sous-jacents, c’est précisément ce qu’il faut faire pour isoler l’effet fiscal pur. Sinon, on mélange deux questions distinctes : « quel actif choisir ? » et « dans quelle enveloppe le loger ? ». Mélanger les deux ouvre la porte au cherry-picking, choisir des actifs structurellement défavorables à l’une des enveloppes pour orienter la conclusion. C’est d’ailleurs exactement ce que fait ton scénario.
Une autre nuance mérite d’être posée : certains actifs ne sont accessibles qu’en AV, comme le fonds euros. Pour ceux-là, la question de l’enveloppe ne se pose pas, c’est l’actif qui impose l’enveloppe. Mais l’inverse est aussi vrai, et c’est ce qu’on oublie souvent : le CTO donne accès à un catalogue bien plus large que l’AV. Managed futures, cat bonds, box spreads, aucun contrat d’assurance-vie ne propose ces instruments.
Sur l’allocation choisie
La question intéressante n’est pas uniquement « CTO ou AV ? » appliquée à un portefeuille entier. C’est : à quelle classe d’actifs dois-je m’exposer et, dans un second temps, quelle enveloppe est la plus efficace pour mettre en œuvre mon allocation.
On définit d’abord une allocation cible, puis on ventile le capital entre enveloppes de manière optimale selon le plan de vie.
Dans cette logique, un investisseur rationnel à TMI 41 % avec 1,2 M€ en immobilier ne place pas de SCPI, ni en CTO, ni ailleurs. Il surconcentre déjà massivement son patrimoine sur l’immobilier. La question de l’enveloppe est secondaire : la priorité est de ne pas rajouter 60 000 € d’exposition immobilière supplémentaire. Si malgré tout il souhaite cette exposition, l’AV est la bonne enveloppe, mais c’est d’abord un mauvais choix d’allocation, pas une démonstration de la supériorité de l’AV. À l’inverse, un fonds action diversifié et capitalisant n’a aucune raison d’aller en AV : il ne génère aucun flux taxable annuel et bénéficie de la purge des plus-values au décès en CTO.
Que 80 % de l’épargne en assurance-vie soit logée en fonds euros ne valide pas ce choix, cela reflète une inertie comportementale des épargnants français. Dire que la comparaison doit tenir compte de ce que les gens font réellement, c’est comme justifier qu’il ne faudrait pas manger 5 fruits et légumes par jour parce que la majorité ne le fait pas.
C’est aussi la limite honnête de cette étude : elle répond à la question « CTO ou AV pour un portefeuille à rendement donné ? », pas à « quelle allocation construire pour ce profil précis ? ». Cette seconde question dépend du patrimoine existant, de la TMI, de l’horizon, des objectifs de transmission, et sa complexité multidimensionnelle rend toute simulation simpliste caduque. Saisir toute cette complexité est impossible dans un petit comparateur : c’est à ça que sert l’outil Cayas+. Grâce à l’approche algorithmique poussée qu’on développe, basée sur la littérature académique financière, on est capable de donner une réponse personnalisée aux questions : a) quelle allocation optimale b) quelles enveloppes c) quels supports précis.
Sur le fonds monétaire vs fonds euros
Tu écris que le fonds euros « capitalise en totale franchise d’impôt jusqu’au retrait ». C’est inexact. Les prélèvements sociaux (17,2 %) s’appliquent chaque année sur les intérêts du fonds euros, directement prélevés par l’assureur.
Mais au delà de cette erreur : les fonds monétaires disponibles en CTO sont très majoritairement capitalisants. Ils ne distribuent pas d’intérêts annuels, ils accumulent la performance dans la valeur de la part. Aucune imposition annuelle ne s’applique. Supposer un fonds monétaire distribuant en CTO pour le comparer à un fonds euros en AV, c’est comparer un actif délibérément sous-optimal à son meilleur équivalent auquel on a supprimé 17,2 % de prélèvements sociaux annuels. Une comparaison un peu plus honnête est fonds monétaire capitalisant en CTO vs fonds euros en AV avec prélèvements sociaux chaque année, et l’écart se réduit alors considérablement.
Reste une question plus fondamentale : pourquoi du monétaire dans cette allocation ? Sa seule justification est de réduire le risque global. Mais cela suppose que SCPI + fonds action + fonds obligataire daté (à 2.11% de frais annuels, au sens du PRIIPS) forment déjà le meilleur portefeuille possible au sens rendement/risque, et qu’on se contente d’en baisser le volume. C’est une hypothèse non triviale, posée sans aucune justification. Et à ma connaissance, un tel portefeuille n’a historiquement jamais figuré sur la frontière efficiente.
Sur le taux de rotation de 10 %
Pourquoi 10 % ? Ce chiffre n’est pas justifié. Et il crée une contradiction interne : si ce taux de rotation sert à rééquilibrer l’allocation, alors les pondérations finales devraient être maintenues , ce qui n’est manifestement pas le cas dans ta simulation. Si en revanche l’allocation dérive librement, à quoi sert ce frottement fiscal de 10 % sinon à pénaliser le CTO (ou avantager l’AV) sans contrepartie ?
Un autre levier est absent de toutes les simulations : la donation de titres du vivant. Un CTO permet de donner des titres à ses enfants sous les abattements en ligne directe (100 000 € par enfant tous les quinze ans), avec purge des plus-values latentes à la date de donation. Dans ton scénario, avec trois enfants, et encore plus pour un couple, cela représente 300 000 € tous les quinze ans transmis sans imposition et sans déclencher la flat tax. Cette mécanique sert aussi de rééquilibrage : on donne les titres les plus appréciés, ceux qui pèsent trop dans l’allocation, plutôt que de les vendre. Résultat : zéro frottement fiscal, zéro impôt sur la plus-value, et le portefeuille se rééquilibre naturellement. L’AV n’offre rien d’équivalent.
Bref
Sur 25 ans avec 700 000 € versés, tu obtiens 1 538 263 € en CTO et 1 757 404 € en AV. Soit un écart de ~219 000 €, environ 14 % d’avantage pour l’AV. Ce résultat n’est pas contestable si les hypothèses sont respectée, mais elles supposent notamment que SCPI + fonds obligataire daté (à 2.11% de frais annuels, au sens du PRIIPS) + fonds action forment un portefeuille efficient, qu’un lump sum de 400 000 € existe sans patrimoine financier préexistant, et que les versements mensuels se fassent sur la pondération initiale. Aucune de ces hypothèses n’est anodine, et ensemble elles construisent un scénario structurellement favorable à l’AV en ignorant les avantages du CTO (donation du vivant, utilisation de fonds capitalisants plutôt que distribuants) .
Choisir un profil d’un investisseur de 45 ans, TMI 41 %, avec 60 % de son allocation sur des actifs dont les revenus sont fiscalement traités comme des revenus fonciers ou des coupons obligataires. Dans ce cas précis, avec cette allocation précise, l’AV est supérieure. Ce résultat est cohérent avec l’étude : la section sur des portefeuilles avec différents taux de rotation le confirme depuis le départ, et j’en profite pour te remercier de confirmer mes calculs.