J’ai une question bête qui me trotte dans la tête depuis un moment.
Quand on parle d’implanter une stratégie d’allocation ou de diversifier entre des classes d’actif, est-ce que c’est quelque chose qu’il faut faire globalement ou qu’il faut implanter pour chaque support?
Par exemple si j’opte pour une allocation avec 60% d’obligations et 40% d’actions et que j’ai deux supports (AV et PEA), est-ce que j’applique cette proportion sur les deux ou est-ce que je peux être full action sur PEA (pour 40% du patrimoine financier) et full obligation sur l’AV? Ou peut-être une troisième répartition qui cherche à optimiser en fonction des spécificités de chaque support?
Dans le cas que tu cites, tu ne pourrais théoriquement pas appliquer l’allocation 60/40 sur le PEA, car cette enveloppe est réservée à l’investissement en actions. Cela dit, tu peux aussi y investir dans des fonds monétaires, qui sont des quasi-obligations.
L’idée générale est de commencer par définir une allocation adaptée, puis d’optimiser et d’allouer en fonction des enveloppes disponibles.
Nos enveloppes sont une spécificité bien française. En Allemagne, par exemple, il n’existe qu’un seul type d’enveloppe : le compte-titres ordinaire
Bref, pour répondre à ta question, tu n’es pas obligé de respecter la proportion de l’allocation dans chacune des enveloppes. Il suffit que tu aies la bonne répartition globale sur l’ensemble de ton portefeuille.
Dans le cas cité, sans projets à court terme, l’optimal serait vraisemblablement de loger l’ensemble des actions sur PEA et l’obligataire sur CTO.
Une autre bonne option, plus pratique, serait de tout placer sur PEA, en remplaçant l’obligataire par du monétaire.
Avec un petit portefeuille, on peut aussi, dans un premier temps, remplacer l’obligataire par les livrets (A, LDDS)
Selon la répartition de ton argent entre ton PEA et les autres supports, ton allocation cible ne contiendra pas exactement le même % d’actions.
Dis merci à nos copains les taxes et les frais pour ce nouveau casse-tête…
L’espérance de rendement de tes actions varie selon là où tu les loges et combien de temps tu penses les conserver sans réaliser de plus-values taxables :
Chaque enveloppe a sa taxation. Comme on a des contraintes de capacité et de classes d’actifs qui dépendent de chaque enveloppe, cela va inciter à mettre les actifs à haut rendement là où ils sont le moins taxés pour réduire la facture fiscale totale.
Les frais se déduisent directement de l’espérance de rendement, sans changer le risque. Cela incite à privilégier les supports les moins chargés en frais, indépendamment de leur classe d’actif.
Les plus-values latentes sont de l’argent « prêté » par le fisc à taux 0. Tu as donc un meilleur rendement final (c’est-à-dire net d’impôt) si tu laisses tes plus-values latentes composer pendant longtemps sans événement fiscal. Cela érode l’avantage fiscal des enveloppes par rapport au CTO.
Toujours pour ce qui est des plus-values latentes, si tes placements perdent en valeur, ce « prêt » fiscal est effacé. La volatilité (en valeur nette) d’un investissement contenant beaucoup de plus-values est plus attractive.
Si pour rééquilibrer tu dois réaliser des plus-values, alors cela baisse l’Utilité du rééquilibrage (tu dois comparer une perte fiscale certaine vs une réduction du risque). Cela décale l’optimum d’Utilité.
Il y a donc plusieurs phénomènes qui influent sur la répartition pour optimiser le compromis rendement/risque (l’Utilité, quoi). Tout cela peut se calculer, mais il faut dégainer un optimiseur. C’est une des prochaines évolutions de Cayas, mais je sais que c’est possible, vu que je le fais sur mon patrimoine perso.
Les contraintes de liquidités ajoutent encore une couche de complexité, mais c’est encore un autre sujet.
Et si tu veux une solution raisonnable pour le cas général, que tu as du temps devant toi et que tu te débrouilles pour ne pas réaliser de plus-values :
Actions en PEA
Monétaire en PEA s’il reste des fonds non utilisés sur ton PEA, en substitution à de l’obligataire. Peu probable.
Monétaire en livret réglementé, s’il reste de la place tu peux remplir et le considérer comme un erzatz d’obligataire.
Obligataire et autres actifs diversifiants en CTO.
Si t’as une AV avec des PV latentes touffues qui traine, tu ne la casses pas sans réfléchir. Dans le doute, tu arbitres pour te rapprocher de l’allocation cible. Si elle est en moins-value, tu dois pouvoir la casser et migrer sur les supports ci-dessus, surtout si c’est un contrat bof et que tu est encore loin de tes 70 ans.
C’est pas très nuancé, mais c’est point de départ pas trop débile.
Merci à tous les deux pour vos réponses très claires!
Je pensais pouvoir utiliser un ETF obligataire mais en regardant de plus près, il n’y a en effet pas grand chose d’éligible au PEA!
Si je comprends bien, il faut donc privilégier un rééquilibrage via les nouveaux placements pour laisser fructifier les plus-values latentes non imposées le plus longtemps possible?
Oui, j’ai deux AV de moins d’un an, donc avec des plus-values assez négligeables, une bonne « Linxea spirit 2 » et une mauvaise ouverte dans la banque familiale avant que je ne m’intéresse aux finances personnelles. Finalement c’était un mal pour un bien car ce sont les frais de cette AV qui ont été le déclencheur de mes premières recherches sur les finances personnelles. J’ai encore 30 ans devant moi pour y déposer le pactole pour défiscaliser ma succession .
Tant qu’on est sur l’AV, j’aurais deux questions:
Y a t-il un intérêt qui m’échappe à clôturer une AV par rapport à la laisser ouverte avec le minimum requis pour laisser le chronomètre tourner (l’échéance des 8 ans de maturité)?
Entre une bonne AV à 0.5% de frais sur UC arrivée à maturité et un CTO, j’ai du mal de savoir quel support est le plus avantageux. J’ai l’impression que c’est aussi à calculer aux cas par cas suivant les scénarios mais il n’est pas trivial de comparer les deux (frais récurrents vs avantage fiscal).
L’idée de base consiste à laisser courir les plus-values taxables le plus longtemps possible et à rééquilibrer à l’occasion des apports ou des retraits. Si on est au sein d’une enveloppe fiscale, le coût d’arbitrage des bien plus faible (frais de courtage) et le rééquilibrage est généralement un bon move. Pour le PEA, attention au fait que le plafond de versement n’est pas reconstitué lors des retraits.
Le CTO sera favorable dans la plupart des cas sur le long terme, mais une bonne AV en ETF ne sera pas monstrueusement loin. L’AV est intéressante sur certains styles d’investissement plus dynamiques, aussi. Quand je doute et qu’il n’y a pas de solution évidente, j’ai tendance à diversifier…