Stellantis –28 % en Bourse : des milliers de produits structurés désormais sous pression

Stellantis annonce 22 milliards d’euros de «charges exceptionnelles», et s’effondre de 28% en bourse - Quel impact pour les produits structurés ?

À l’heure où j’écris ces lignes, le titre perd 28% sur la journée.

Au délà de la perte en bourse, ce qui m’inquiète, c’est surtout ce que ça pourrait impliquer pour de nombreux épargnants.

Stellantis fait parties des actions très souvent utilisées dans les produits structurés vendus en France par les réseaux de CGP.

Pour donner un ordre de grandeur, sur un seul réseau de conseillers dont j’ai pu voir les chiffres, l’encours de produits structurés liés à Stellantis dépasse les 900 M€. Ce n’est évidemment pas représentatif de tout le marché, mais ça montre à quel point certains acteurs peuvent être exposés à un même titre.

Il y a 2300 produits structurés « live » liés à l’action Stellantis sur le marché Français (source structured retail products). Compliqué d’estimer l’encours total, mais ils sont probablement très largement diffusés dans l’épargne des particuliers.

Ces produits comportent des barrières de protection, souvent autour de 50 %, généralement calculées après décrément.

Mais si la situation devait durer ou s’aggraver, une partie de ces barrières pourrait être franchie, exposant alors certains épargnants à des pertes lourdes en capital à l’échéance, parfois très éloignées de l’image “prudente” avec laquelle ces produits ont été commercialisés.

Quelques autres informations connexes pour contexte :

  • En mars 2024, en assurance-vie, les produits structurés représentaient 57 milliards d’euros d’encours sur les 507 milliards d’euros d’unités de compte (Source AMF : Cartographie des produits structurés)
    • La collecte annuelle est passée de 23 Md € en 2021 à près de 42Md € en 2023.
  • Les commissions et frais sur la vente de produits structurées varient généralement entre 5 et 15% des montants investis. À cela s’ajoutent les frais d’enveloppe de l’assurance-vie (en moyenne 0,85 % par an), dans lesquelles ces produits sont majoritairement logés. Environ 79 % des encours contre 21 % en compte-titres.
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Wow, c’est énorme ! On sait ce qui justifie ses “charges exceptionnelles” ?

Stellantis a annoncé ce vendredi 6 février «des charges exceptionnelles» d’environ 22 milliards d’euros dans ses résultats 2025. Selon un communiqué du groupe franco-italo-américain, il s’agit du «coût d’un “reset” profond mais nécessaire pour remettre les clients au centre et pour soutenir une croissance rentable», alors que le constructeur prépare la présentation de son nouveau plan stratégique au printemps.

Le groupe automobile justifie ces charges par «l’impact d’une surestimation significative du rythme de l’électrification, qui nous a éloignés des besoins, des moyens et des préférences réels de nombreux clients». Ces charges «reflètent également l’impact de problèmes opérationnels antérieurs, dont les effets sont progressivement traités par notre nouvelle équipe», explique le PDG Antonio Filosa, cité dans le communiqué, s’en prenant sans le nommer à son prédécesseur Carlos Tavares. «Notre PDG, Antonio Filosa et son équipe ont exploré tous les recoins de l’entreprise et apportent les changements nécessaires», affirme Stellantis.

Ces charges massives, très supérieures aux prévisions des analystes, feront mécaniquement passer le groupe dans le rouge, et équivalent presque au cumul des bénéfices nets 2023 (18,6 milliards) et 2024. Le groupe précise que 14 milliards de charges portent notamment sur la révision de la ligne de produits aux États-Unis.

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Le sujet commence à sortir dans la presse :

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Quand j’ai demandé à mon CGP pour clôturer mon AV, il m’avait fait une contre-proposition avec un produit structuré qui incluait Stellantis… Encore un super conseil en tout cas !

Cela dit j’en ai un toujours actif (qui m’empêche de cloturer l’AV), basé sur l’indice MCORE20, j’arrive pas à trouver si Stellantis fait partie de la liste :thinking:

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Il en fait pas partie ! cf les “full holdings” au lien ci-dessous :

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J’ai reçu en réponse à mon post LinkedIn cette analyse de Yann Robbiola, président de LS Advisor, qui date de quelques semaines, avant la baisse brutale de Stellantis :

TL;DR :

• L’étude conclut que si l’indice atteint zéro, le produit est désactivé et le client risque de perdre la totalité de son capital.
• Les fournisseurs (STOXX, MerQube, SGX) confirment que l’atteinte de zéro entraîne généralement un arrêt permanent ou une désactivation sans garantie de retour positif.
• Yann recommande d’éviter les actions cycliques et de surveiller les clauses méthodologiques pour un calibrage prudent des décréments.

Bonjour Nicolas,

Alerté par certains clients qui ont traité des produits décrements sur Stellantis et qui ne comprenaient pas la faible valorisation actuelle nous avons voulu creuser le sujet. Ils ne semblaient pas non plus avoir eu les informations de la part de leurs brokers sur la désactivation possible de l’indice s’il atteint zéro nous avons donc fait une étude complète et détaillée pour bien expliquer les mécanismes et les risques réels.

Nous avons contacté les 3 fournisseurs d’indices principaux : Merqube, Stoxx, SGX, avons demandé les prospectus des indices. Après analyse pour Merqube et Stoxx (SGX nous a toujours pas envoyé le prospectus après 6 semaines et 10 demandes) nous avons envoyé des emails de confirmation sur notre position dont vous trouverez les conclusions ci-dessous (et donc pour SGX de validation de la possibilité de désactivation ou non).

Les emails de réponse et de confirmation des fournisseurs d’indices sont disponibles sur simple demande, les formules que nous avons obtenues sont jointes.

La conclusion rapide est que pour tous les indices, s’il atteint zéro, il est désactivé et le client peut perdre la totalité de son capital (Merqube se réserve le droit de le réactiver, mais aucune garantie)

1. Contexte et définitions
Un indice décrément applique une soustraction régulière et prédéfinie d’un flux de dividendes (exprimé en points ou en pourcentage annuel) sur l’indice sous-jacent.
Exemple : iSTOXX Stellantis Decrement 1.34 Point Index = indice Stellantis Prix – 1,34 points (accrus au prorata journalier).

Objectif : stabiliser le pricing des produits structurés en supprimant l’incertitude liée aux dividendes réels.

Mais ce mécanisme induit un risque structurel :

  • si les dividendes réels sont coupés (crise, suspension) alors que le décrément continue à s’appliquer, l’indice est artificiellement sous-performant ;
  • si le cours de l’action baisse en parallèle, l’indice peut atteindre zéro et s’arrêter (désactivation du produit).

Par exemple sur l’indice stellantis 1,34, toute chose étant égale par ailleurs, chaque année l’indice baisse mécaniquement de 15% en ce moment. Pour le 1,55 de 20% / an

2. Risques identifiés après échanges avec les fournisseurs d’indices (STOXX, MerQube, SGX)

  • STOXX (IXSTL 1.34) : Décrément fixe en points (1,34/an). Une fois l’indice tombé à zéro, il continue d’être calculé en interne mais n’est plus publié (effectivement “désactivé” pour le marché). Pas de mécanisme automatique de retour en territoire positif.
  • MerQube : Confirme que si l’indice atteint zéro, il ne peut pas se rétablir spontanément. Le comité de l’indice en interne peut décider à sa discrétion de réinitialiser l’indice (nouvelle base et date) ou de le supprimer. Aucun exemple concret de reset à ce jour.
  • SGX (iEdge Stellantis NV Decrement 1.34 Series 4) : Politique stricte : une fois l’indice à zéro, il y reste de manière permanente. Pas de mécanisme de récupération.

De ce fait, le pricing du produit intègre à la baisse cette probabilité de désactivation et le delta est supérieur à 150% par exemple dans le cas de Stellantis. Un client avec un indice Stellantis à 1,55 a vu son prix secondaire à -90% alors que le stock n’avait baissé « que » de 46%.

Comme si le produit amplifiait la baisse du titre sans te donner la possibilité de bénéficier du rebond puisque le produit pourrait se désactiver. C’est très clair dans l’exemple ci-dessous avec l’indice decrement 1,55, le stock et le produit structuré sur l’indice decrement.

Fort heureusement le produit n’a pas été désactivé et le client a pu bénéficier du levier à la hausse récente, mais c’est un point à vraiment considérer sur des valeurs cycliques.

Le corollaire c’est que si vous ne faites que des Décrements dans les portefeuilles structurés de vos clients, attention aux valos des portefeuilles en cas de Covid ou Poutine bis, cela risque de piquer ! Donc pas trop de decrement sur les profils prudents !

3. Formules de calcul
Trois approches principales :

  1. Décrément fixe en points (Stellantis 1.34 Point): I_t^dec = I_t^PR - (D * n / N)
  2. Décrément fixe en pourcentage: I_t^dec = I_t^PR * exp(-r_dec * n/N)
  3. Décrément basé sur moyenne de dividendes: I_t^dec = I_t^PR - Σ(Div_5y^avg / N)

Bonnes pratiques :

  • Éviter les actions cycliques sensibles aux coupures de dividendes et aux fortes variations à la baisse.
  • Vérifier la moyenne 5 ans des dividendes et ne pas s’éloigner de plus de 15% de la moyennne 5 ans
  • Privilégier des indices larges et diversifiés.
  • Surveiller les clauses méthodologiques !

Conclusion
Les indices décrément apportent une stabilité de pricing initial pour les structurés, mais exposent à un risque extrême de désactivation lorsque les dividendes sont coupés et que le titre baisse simultanément.

  • STOXX et SGX : zéro = arrêt définitif.
  • MerQube : possibilité discrétionnaire de reset, mais aucune certitude.
    Un décrément reste pertinent si calibré prudemment (choix d’actions résilientes, dividendes stables, ajustement à la moyenne 5 ans).

J’espère que tu as trouvé cette analyse intéressante, n’hésite pas si tu as des questions,

Cdlt,

Yann Robbiola

Pas que les produits structurés qui sont impactés, Bpi aussi.

Bpifrance a présenté mardi un bilan d’activité 2025 marqué par différents records, mais des résultats financiers en baisse, plombés notamment par la baisse du dividende de Stellantis et des deux fabricants de semi-conducteurs, STMicroelectronics et Soitec.

L’année 2025 a été florissante pour Bpifrance, mais le bénéfice net de la banque publique a été plombé par l’effondrement de trois « grumeaux », à savoir les résultats de Stellantis et des fabricants de semi-conducteurs STMicroelectronics et Soitec.

Dans la baisse du bénéfice net de la banque publique, Stellantis pèse pour 168 millions, STMicroelectronics et Soitec ensemble pour 353 millions.

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