Tu sais quoi ? Tes questions tombent à point nommé car je suis en train d’entamer la rédaction d’une leçon sur le mot en L : tu ne dois pas être la seule personne à se les poser. Une autre leçon qui sort dans quelques jours évoque aussi la question.
La version redux à tes questions :
Crédit Conso
Le crédit conso n’est pas mal en soi. C’est un compromis : tu peux acheter ce que tu veux plus tôt, mais tu pourras moins acheter au total sur ta vie (c’est l’inverse de l’investissement). Cela implique aussi une discipline certaine : on ne doit pas s’endetter au-delà de ses capacités de remboursement et tenir compte du risque d’une baisse de ses revenus.
Manque de bol, les gens qui ont le plus recours au crédit conso sont ceux qui sont le plus exposés à ces risques ou n’ont pas la discipline de vivre en accord avec leurs revenus : c’est de là que sa réputation sulfureuse provient. Et les taux sont tous moisis, aussi. 
Mais la grosse diff’, c’est que le levier financier n’est pas de l’argent qui est consommé. T’achètes pas une TV 4K, mais un actif qui se revend facilement et dont la valeur a tendance à s’apprécier dans le temps.
Les remboursements
Contrairement à un crédit immobilier amortissable, le levier financier n’a pas vocation à être remboursé au fil du temps. Personne ne te demande de remboursement du capital, juste de régler les intérêts… Ce qui se fait généralement avec de la dette.
La grosse différence, c’est que l’on peut te demander de rembourser immédiatement si la valeur actuelle des actifs qui servent de garantie à ta dette n’est pas suffisante. Le courtier ira se servir en vendant les actifs. Inutile de dire que ceci se produit généralement lorsque tes actifs se prennent le bouillon.
C’est pourquoi on ne doit pas maintenir un taux de levier trop élevé. On le calibre par rapport aux grosses bananes qu’on peut se prendre. Et surtout, si le portefeuille baisse, on vend des actifs pour rembourser une partie de la dette, de manière à ce que la proportion de dette ne devienne pas trop élevée.
Bref : c’est le patrimoine lui-même qui rembourse la dette financière qui lui est adossée, tandis que sur un crédit immobilier ou conso, ce sont tes revenus.
Sur l’immobilier, c’est moins effrayant
Essayons de reformuler : si tu achètes une baraque dans la pampa dans la Creuse, il y a plus de chances que sa valeur s’effondre ou s’érode à long terme… que l’ensemble des grandes entreprises cotées, qui fabriquent les trucs que des milliards de personnes utilisent ou consomment tous les jours.
Une usine qui fabrique des bagnoles, c’est éminemment concret : une action t’en confère un partie de la propriété. Un prêt à un état développé aussi, il pourra taxer ses contribuables pour te rembourser.
La banque te prête pour la baraque dans la Creuse parce qu’elle couvre le risque sur de très nombreux emprunts et que tu as une forte probabilité de continuer à taffer pour la rembourser : pour toi la baraque est un risque idiosyncratique, pour la banque c’est des statistiques. Les marchés financiers te prêtent parce que tu mets de l’argent sur la table et ils te prêteront à hauteur du risque que représentent tes investissements. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne te permettront généralement pas d’aller à des taux de levier aussi élevés que l’emprunt immobilier.
Au final, n’oublie pas que l’argent c’est fongible : que ta dette soit immobilière ou financière, la fluctuation de tes investissements (baraque ou actifs financiers) et ton taux de levier déterminent l’évolution de ton patrimoine net… Donc des projets que tu peux accomplir au fil de ta vie.
Offensif sans levier
Oui, mais ça se fait au prix d’une forte concentration du portefeuille sur la classe d’actif au plus haut rendement. Ne pas utiliser de levier quand on a un profil offensif, c’est paradoxalement avoir un portefeuille plus risqué, car ton portefeuille sera plus volatil (à rendement espéré identique) qu’un portefeuille diversifié à levier.
Ceci dit. Le levier financier introduit des risques opérationnels qu’il faut gérer : il faut réduire la voilure si le portefeuille souffre pour éviter le risque de ruine et rééquilibrer pour collecter cette diversification.
Ce risques opérationnels sont grandement atténués en déterminant le niveau de levier adéquat et en sortant au maximum notre cerveau reptilien de l’équation (i.e. en automatisant et en pratiquant le zazen).
Le levier, c’est l’outil des mécréants disciplinés, qui acceptent que leur capacité à comparer les mérites des actions Microsoft ou de la dette estonienne est probablement médiocre. C’est aussi une méthode d’investissement qui se prépare à l’avance et à laquelle on se forme.