La peur du levier

Bonjour,

L’investissement avec du levier, ça me terrorise. Je sollicite votre aide pour y réfléchir !

Mon sentiment (avec un poil de caricature) :

  • le crédit conso, c’est mal, alors pourquoi l’ETF à levier ce serait bien ?
  • quand on s’endette, il faut être sûr de pouvoir rembourser, ne pas être pris à la gorge, on se limite à une portion congrue de son patrimoine. En quoi le levier sur un investissement financier serait différent ? (les hypothèses Cayas vont de 100 à …400% !) Vous imaginez si tous les investisseurs particuliers investissaient 4 fois plus que ce qu’ils possèdent réellement ? On n’est pas des Etats, on ne peut pas lever de l’impôt futur pour éponger …
  • ça me choque beaucoup moins de s’endetter (et encore, pas trop) pour un bien immobilier … parce que, eh bien, il y a un collatéral concret, et puis, parce qu’on rembourse le principal petit à petit. Certes, l’immobilier peut aussi perdre de la valeur, je sais qu’il y a un biais psychologique à être rassuré par le « dur », la « pierre ». Mais tout de même, ça me paraît hors sol le levier purement financier.
  • est-ce que selon vous, on peut avoir un profil de risque offensif, et pourtant être rigide sur la volonté d’exclure tout levier, est-ce que ce sont des choses de nature différente ?

Bref, une question assez psychologique mais sûrement aussi de compréhension insuffisante de ce qu’est le levier VS mes repères basiques sur les notions de dette et d’emprunt.

J’ai cru lire qu’un contenu sur le levier est en préparation, j’ai hâte de le consulter pour muscler mon cerveau sur le sujet (et voir si mon frein anti-levier s’allège ou se confirme).

Merci d’avance pour vos réflexions !

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Tu sais quoi ? Tes questions tombent à point nommé car je suis en train d’entamer la rédaction d’une leçon sur le mot en L : tu ne dois pas être la seule personne à se les poser. Une autre leçon qui sort dans quelques jours évoque aussi la question.

La version redux à tes questions :

Crédit Conso
Le crédit conso n’est pas mal en soi. C’est un compromis : tu peux acheter ce que tu veux plus tôt, mais tu pourras moins acheter au total sur ta vie (c’est l’inverse de l’investissement). Cela implique aussi une discipline certaine : on ne doit pas s’endetter au-delà de ses capacités de remboursement et tenir compte du risque d’une baisse de ses revenus.

Manque de bol, les gens qui ont le plus recours au crédit conso sont ceux qui sont le plus exposés à ces risques ou n’ont pas la discipline de vivre en accord avec leurs revenus : c’est de là que sa réputation sulfureuse provient. Et les taux sont tous moisis, aussi. :grin:

Mais la grosse diff’, c’est que le levier financier n’est pas de l’argent qui est consommé. T’achètes pas une TV 4K, mais un actif qui se revend facilement et dont la valeur a tendance à s’apprécier dans le temps.

Les remboursements
Contrairement à un crédit immobilier amortissable, le levier financier n’a pas vocation à être remboursé au fil du temps. Personne ne te demande de remboursement du capital, juste de régler les intérêts… Ce qui se fait généralement avec de la dette.

La grosse différence, c’est que l’on peut te demander de rembourser immédiatement si la valeur actuelle des actifs qui servent de garantie à ta dette n’est pas suffisante. Le courtier ira se servir en vendant les actifs. Inutile de dire que ceci se produit généralement lorsque tes actifs se prennent le bouillon.

C’est pourquoi on ne doit pas maintenir un taux de levier[1] trop élevé. On le calibre par rapport aux grosses bananes qu’on peut se prendre. Et surtout, si le portefeuille baisse, on vend des actifs pour rembourser une partie de la dette, de manière à ce que la proportion de dette ne devienne pas trop élevée.

Bref : c’est le patrimoine lui-même qui rembourse la dette financière qui lui est adossée, tandis que sur un crédit immobilier ou conso, ce sont tes revenus.

Sur l’immobilier, c’est moins effrayant
Essayons de reformuler : si tu achètes une baraque dans la pampa dans la Creuse[2], il y a plus de chances que sa valeur s’effondre ou s’érode à long terme… que l’ensemble des grandes entreprises cotées, qui fabriquent les trucs que des milliards de personnes utilisent ou consomment tous les jours.

Une usine qui fabrique des bagnoles, c’est éminemment concret : une action t’en confère un partie de la propriété. Un prêt à un état développé aussi, il pourra taxer ses contribuables pour te rembourser.

La banque te prête pour la baraque dans la Creuse parce qu’elle couvre le risque sur de très nombreux emprunts et que tu as une forte probabilité de continuer à taffer pour la rembourser : pour toi la baraque est un risque idiosyncratique, pour la banque c’est des statistiques. Les marchés financiers te prêtent parce que tu mets de l’argent sur la table et ils te prêteront à hauteur du risque que représentent tes investissements. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne te permettront généralement pas d’aller à des taux de levier aussi élevés que l’emprunt immobilier.

Au final, n’oublie pas que l’argent c’est fongible : que ta dette soit immobilière ou financière, la fluctuation de tes investissements (baraque ou actifs financiers) et ton taux de levier déterminent l’évolution de ton patrimoine net… Donc des projets que tu peux accomplir au fil de ta vie.

Offensif sans levier
Oui, mais ça se fait au prix d’une forte concentration du portefeuille sur la classe d’actif au plus haut rendement. Ne pas utiliser de levier quand on a un profil offensif, c’est paradoxalement avoir un portefeuille plus risqué, car ton portefeuille sera plus volatil (à rendement espéré identique) qu’un portefeuille diversifié à levier.

Ceci dit. Le levier financier introduit des risques opérationnels qu’il faut gérer : il faut réduire la voilure si le portefeuille souffre[3] pour éviter le risque de ruine et rééquilibrer pour collecter cette diversification.

Ce risques opérationnels sont grandement atténués en déterminant le niveau de levier adéquat et en sortant au maximum notre cerveau reptilien de l’équation (i.e. en automatisant et en pratiquant le zazen).

Le levier, c’est l’outil des mécréants disciplinés, qui acceptent que leur capacité à comparer les mérites des actions Microsoft ou de la dette estonienne est probablement médiocre. C’est aussi une méthode d’investissement qui se prépare à l’avance et à laquelle on se forme.


  1. le % de dette par rapport à la valeur actuelle de tes actifs ↩︎

  2. j’aime beaucoup la région, mais 'faut admettre que c’est pas très urbanisé ↩︎

  3. C’est dur psychologiquement. ↩︎

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De la même manière que pour la loi du levier d’Archimède, le problème avec un bras trop long de levier est qu’il risque de se casser. :slight_smile:

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Donnez-moi un collatéral et un levier bien financé, et je soulèverai votre patrimoine. :smirking_face:

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le crédit conso, c’est mal, alors pourquoi l’ETF à levier ce serait bien ?

En tant que profane, j’ai envie d’inverser la question : le crédit immobilier c’est « bien », pourquoi un ETF à levier serait (forcément) « mal » ?

Sinon merci pour ce super post Vincent, comme d’habitude c’est très instructif

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C’est un bon argument, trop peu utilisé !
Et puis ça inverse la charge de la preuve, donc ça me simplifie la vie. :grin:

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ça peut être mal dans le cas des subprimes aux Etats Unis en 2008; Negative equity.

Ou plus récemment en France pour ceux qui ont acheté vers 2022 : -15% sur l’immobilier environ. Si on avait emprunté à l’os et que l’apport a consommé l’essentiel du patrimoine liquide, on arrive à un net négatif.

Pas d’appel de marge, mais on perd la liberté de déménager…

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Merci beaucoup Vincent de cette « avant-première », hâte de découvrir ces futures leçons ! Car il semble y avoir une bonne marche à franchir pour comprendre le mécanisme et doser le risque.

Et merci aux autres pour les impressions qui méritent d’être opposées aux pensées « réflexes » … J’en ai encore une pelletée en stock haha ! Du genre, ‹ C’est risqué de « jouer » l’argent qu’on a pas › … oui les perspectives sont incomparables avec les stats du casino … quand bien même, c’est dur de s’ôter des pensées du crâne. Comme ce lump sum que je n’ai pas fait parce que « loin de moi l’idée de timer le marché mais ça va descendre bientôt c’est sûr » (spoiler : eh non).

Question additionnelle, pour profil novice qui ignore dans quel ordre faire les choses :

« Ne pas utiliser de levier quand on a un profil offensif, c’est » …

D’accord, et quid de l’inverse ? Utiliser du levier quand le reste du portefeuille est encore timoré (des poches de cash ou obligataires de « précaution » excessivement « précautionneuses »), est-ce qu’on est d’accord que ça n’a pas de sens ? Ce serait comme emprunter de l’argent pour sa baraque avec un taux d’intérêt supérieur à la rémunération du livret sur lequel on a la somme empruntée, juste pour garder de l’argent liquide « au cas où ». Et donc la première étape serait d’abord d’arriver à atteindre son allocation cible, PUIS de rajouter du levier - ça a du sens ou pas cette façon de voir ?

En lien avec cette question, je me demande si Plan de Vie & co va suggérer un taux de levier approprié (comme c’était le cas il y a quelques mois je crois) au regard du profil, ou bien si ça restera une jauge à paramétrer selon son « goût » (comme dans la version actuelle).

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Alors, parmi les 3 leçons qui sont dans les tuyaux :

  • la première traite du pilotage du risque, pour ne pas se faire croquer par le risque de séquence lorsqu’on veut ou qu’on doit utiliser son argent. Sortie imminente !
  • la seconde explique les mathématiques de la diversification. Déjà rédigée.
  • la troisième traite du levier. En cours de rédaction.

Dans cette seconde leçon, j’introduis la notion de portefeuilles efficients, c’est-à-dire les mix qui présentent le meilleur rendement pour un niveau de risque (volatilité) donné. Parmi ceux-ci, il y en a un qui offre le meilleur compromis rendement/risque de tous les portefeuilles possibles. C’est le portefeuille pour lequel on attend le meilleur ratio de Sharpe[1].

Si tu as très peu de tolérance au risque et que tu veux un portefeuille moins risqué que ce portefeuille « max Sharpe », alors tu vas le diluer avec du cash. Pas de levier dans ce cas !

Si tu as une tolérance au risque supérieure, il se peut que mettre du levier sur ce portefeuille soit la meilleure solution, même si cela t’amène à un niveau de risque comparable à celui d’un portefeuille de risque intermédiaire !

Evidemment, il y a des subtilités fiscales, d’accès au levier et il faut tenir compte de plein d’autres choses, ce qui fait qu’un portefeuille avec un peu plus d’actifs risqués que le portefeuille « max Sharpe » sera préférable, mais le principe est là.

On a toujours un paramètre pour contrôler ça, mais par défaut l’algorithme a le droit d’utiliser du levier au travers de fonds tels que des ETFx2.


  1. Pour tes hypothèses sur les actifs ↩︎

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