Investir à levier en étant français, non professionnel

Woaw merci encore pour ta réponse hyper détaillée, j’ai commencé à regarder et c’est hyper intéressant l’approche de Benn Eifert.

C’est bon tu m’as chauffé, je vais me coder un petit programme ce week-end pour gérer des PUTs sur le XSP (1/10 en notionnel par rapport au SPX). J’aime bien l’approche de lisser 1 à 1.5% de manière mensuelle sur des expirations 12 mois a chaque fois.

Tu lis aussi le blog de The Italian Leather Sofa?

Attention, la liquidité sur les échéances longues du XSP est moisie. Regarde plutôt les options SPY, pour un notionnel équivalent.

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De temps en temps, et c’est souvent de la bonne came ! :grin:
Tu penses à son article où il présente la combo actions + trend + tail hedge ? C’est une composante importante de mon approche.

Yes exactement.

Et je me rends compte en fouillant un peu plus dans le forum que toutes ces questions ont déjà été répondues et soulevées en 2025 dans de précédents posts, ahah my bad je n’ai pas fait mes recherches avec assiduité avant de poser ma question!

J’essaye de refaire la simulation… Dans ton exemple si les actions ont perdu 25% (PEA passant de 200->150) et que le diversifiant gagne 10% (CTO passant de 200 notionnel à 220, soit 120 net), alors ton portefeuille net devient 270. Pour conserver le même levier initial à 133% avec allocation Action à 50% et 30 passant sur un ETF levier 2x, ta dette doit être réduite à 60 et non 90 sur le CTO on est d’accord ?

Si je prolonge le scénario et que derrière les actions font +50% (post-COVID le short devient un pantalon pattes d’eph), l’ensemble de mon ETF x2 (devenu 60) est reconverti en x1 → OK.

Mais jusqu’à quelle limite ? Car comme les actions sur le long-terme vont surperformer le reste, assez vite on va être bloqué sur de l’ETF x1 en PEA, et côté CTO on va devoir lever de plus en plus de dette sans avoir une hausse suffisante du collatéral. Du coup tu fais comment ? Tu peux lever des montants tels avec uniquement des diversifants en collatéral que ce scénario n’existe pas ? Ou alors tu devras te résoudre à transférer du PEA → CTO en transformant actions en diversifiants et cristalliser la PV ?

Oui !
Après le krach, tu as 270 k€ de capital net, soit une cible brute de 360 k€ dont 180 k€ en PEA. Il te faut effectivement 120 k€ en actions x 1 et 30 k€ en actions x2. Ton CTO aura une valeur brute cible de 180 k€ et 120 k€ de net, soit 60 k€ de levier en CTO.

Déjà, ta capacité d’épargne peut étirer fortement cette limite. Si le différentiel de rendement entre ton CTO et ton PEA dépasse largement ta capacité d’épargne, a priori tu te rapproches de l’indépendance financière !

En outre, sur ton CTO, tu auras des diversifiants qui ont entre un tiers et la moitié de l’espérance de rendement des actions, avec une volatilité plus faible dans les (en gros) même proportions.[1]

Tu pourras donc a priori suivre ta répartition action/diversifiants en augmentant le taux de levier en CTO. Il n’est pas absurde de tendre un levier entre x2 et x3 sur un CTO constitué d’obligations et d’alternatifs, même si le levier global sur ton patrimoine est beaucoup plus faible (car tu auras des méga-palanquées d’actions en PEA).

Mais si ça déborde vraiment du PEA (du point de vue de la contribution au risque du portefeuille), et bien la solution n’est pas si compliquée : tu sors un peu de bif de ton PEA ! On pourra dire qu’il aura accompli sa mission si tu en es arrivé à ce point. :grin:


  1. Hé, si le rendement ajusté du risque des différentes classes d’actifs était radicalement différent à long terme, seuls les idiots achèteraient celles avec le moins bon compromis. Partons du principe que les investisseurs institutionnels ne sont pas des abrutis. ↩︎

En réalité, on arrive assez fréquemment à ce cas avec la configuration suivante :

  • Un jeune actif aisé qui remplit progressivement son PEA (cela prend déjà pas mal d’années pour le commun des mortels )
  • Il commence à réfléchir à la notion de diversification une fois le PEA plein et avec un peu plus d’âge au compteur
  • Il ne souhaite pas déclenché la fiscalité de revente pour une partie de son pea
  • Sa capacité d’épargne ne sera probablement jamais suffisante même avec des box spread.
  • Si en plus, durant son remplissage de PEA, il a découvert les LETFs, le montant est disproportionné par rapport au reste de ses actifs…

D’où l’intérêt de réfléchir à la diversification rapidement. :slight_smile:

C’est un cas où il faut dégainer de la grosse modélisation pour prendre une décision. Selon le niveau de risque cible de cette personne, qui dépend de ses projets, revenus, actifs et de sa psychologie, il se peut que ce portefeuille tout-actions en PEA soit trop risqué. Dans ce cas, il a deux solutions :

  • Ne pas diversifier et se contenter de dérisquer avec du monétaire sur son PEA, puis accroître doucement la diversification en épargnant en CTO avec du levier.
  • Accepter la facture fiscale, mais diversifier plus efficacement en CTO. Tu troques du capital de départ contre une meilleure espérance de rendement ajustée du risque.

Le problème est assez similaire même si le niveau de risque adéquat pour cette personne est équivalent à un 100% actions, en fait. C’est un arbitrage entre l’effet de levier fiscal implicite des PV latentes et l’amélioration du rendement/risque qui permet d’ajouter du levier financier dans une plus grande proportion : les courbes se croisent à un horizon qui va dépendre de tes hypothèses sur les différentes classes d’actifs… Et que je ne peux pas te calculer sur un coin de table !

C’est justement l’objet de la prochaine évolution sur Cayas, où l’algorithme pourra évaluer les arbitrages à réaliser en tenant compte de la fiscalité qu’il faudrait réaliser. Cela va biaiser les portefeuilles vers plus d’actions que l’allocation actuelle si on a des PV latentes significatives, mais en cherchant à accroître la diversification.

Oui, je sais bien que ce n’est pas trivial.

Je suis dans le cas évoqué et j’attends cette maj pour passer à la caisse cayas+ :winking_face_with_tongue:

Et si le PEA est déjà entièrement investi en actions non levier, tandis qu’une autre poche actions est détenue ailleurs — par exemple dans une assurance-vie de plus de huit ans avec 0,5 % de frais de gestion — est-il pertinent de remplacer dans le PEA une partie des actions x1 par leur équivalent x2 afin de pouvoir sortir progressivement la poche actions de l’AV ?

Ou vaut-il mieux conserver l’allocation actuelle et effectuer chaque année des rachats partiels de l’AV dans la limite de l’abattement afin de purger progressivement les plus-values avec une fiscalité réduite ?

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Cela va dépendre de l’objectif recherché, il y a plein de paramètres !
Les deux principaux sont l’importance des PV latentes sur l’AV et le portefeuille que tu veux construire.

Si tu avais une allocation fortement concentrée en actions et que tu veux aller vers un portefeuille plus diversifié avec du levier (par exemple un mix actions/obligations/alternatifs) qui cible une volatilité similaire, c’est une piste assez attrayante. Les ETF actions x2 en PEA permettent d’accéder à un taux de financement institutionnel et déductible fiscalement (car intégré aux variations de prix de l’ETF) et avec l’environnement fiscal du PEA.

Selon les PV latentes, ton horizon, les supports disponibles sur l’AV (et plein d’autres critères), il faudrait évaluer ce qui est préférable : sortir le capital ainsi libéré de l’AV pour l’investir en CTO ou arbitrer l’AV sur l’allocation cible. Il ne faut pas idéaliser l’abattement sur les PV en sortie de l’AV dès qu’on parle de patrimoines conséquents : il permet à un couple d’économiser au plus 1200 € par an d’impôt, soit les frais annuels d’une AV de 245k€. Si tu avais une AV dodue avec beaucoup de PV latentes, la purge des PV n’est pas une finalité, voire n’est pas praticable car l’AV produit plus de PV que tu ne peux en effacer.

Une possibilité pour ajouter un overlay diversifiant au sein du PEA est de convertir une partie d’un MSCI World en NTSZ : on ajoute de l’obligatoire européen et on échange du Monde contre de l’Europe dans quasiment les mêmes proportions (10% de moins).

Ce n’est pas sans contreparties : spread important il me semble, faible AUM, screening ESG, et surtout du World contre de l’Europe.

L’avantage : pas de frottement fiscal + possibilité d’atteindre plus vite une répartition cible. Je suppose que ça peut être intéressant pour des investisseurs qui ne sont pas contre avoir un léger tilt domestique ou qui ont une conviction sur Europe versus Monde fortement marqué USA.

Perso j’y réfléchis car autrement je vais mettre très longtemps à atteindre mon objectif de répartition global equities + bonds + managed futures (pea rempli, full msci world pour l’instant avec une belle plus value latente), même en bourrinant sur le levier dans le CTO.

EDIT : Aussi si on considère que le World a le rendement le plus élevé au long cours, on enlève du PEA, i.e. la poche la plus fiscalement optimisée, le potentiel de croissance le plus important du portefeuille.

Sur la construction du portefeuille — un “lazy capybara style” (environ 90% actions et 60% diversifiants) — prenons un cas concret avec une assurance-vie affichant 30 000 € de plus-values latentes pour un encours total de 90 000 €.

L’offre de supports ressemble à ce qu’on retrouve dans la plupart des bonnes assurances-vie françaises en gestion libre : accès à de l’obligataire, mais essentiellement sur des maturités intermédiaires (environ 7 à 10 ans via ETF type Amundi ou Vanguard LifeStrategy), ainsi qu’à de l’or et à un ETF commodities ex-agriculture. En revanche, on n’a pas vraiment accès à des briques plus sophistiquées comme le managed futures ou le long duration obligataire pur.

À partir de là, deux lectures sont possibles. Soit on accepte une architecture type :

  • PEA : exposition actions pure
  • assurance-vie : poche obligataire + commodities
  • CTO : diversifiants alternatifs

Mais dans ce schéma, l’assurance-vie devient une poche relativement contrainte, avec une espérance de performance limitée, tout en supportant des frais de gestion récurrents sur l’enveloppe.

D’où le doute : est-ce vraiment optimal de conserver une enveloppe coûteuse pour y loger une allocation structurellement peu performante et peu flexible, plutôt que de concentrer les briques les plus efficaces ailleurs ?

Si tu te retrouves dans un schéma où (en gros) tu as une seule classe d’actifs en AV, autant passer en CTO : tu pers l’opportunité de rééquilibrer sans frottement fiscal, qui est le principal intérêt de l’AV si on a une allocation relativement statique.

Et soyons honnêtes, si tu as été capable de remplir un PEA et que tu encore une longue phase d’accumulation devant toi, ton épargne va être de plus en plus consacrée à acheter des diversifiants et à ajouter une couche de levier plus ou moins prononcée dessus pour maintenir un niveau de risque cible. La façon efficiente de le faire, c’est en CTO avec des boxes dont les moins-values compenseront une grosse part des plus-values réalisées pour rééquilibrer.

Est-ce que cette migration doit être faite dans l’urgence pour autant ? Probablement pas. Même si l’AV n’était pas optimale dans ton cas, la situation que tu décris, avec une AV à tarif modéré, n’en est probablement pas outrageusement loin au point d’avoir un impact majeur à long terme.

Mais pour te donner une idée, j’ai récemment fait un rachat sur mon AV à frais négociés à 0,45%/an, alors que j’avais un lombard à 0,95% dessus, ~25% de PV latentes et que j’utilise cette AV sur du trend following maison. Ca te donne une idée de mon sentiment sur le fait que le CTO était gagnant à long terme dans mon cas.

La prochaine version de l’algo pourra te dire les ordres à passer en PEA et CTO, mais elle ne fait pas encore les arbitrages en AV.

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Merci pour tes retours,

De mon opinion à date (mais mouvante), pour un investisseur avancé le couple CTO / PEA me semble à la fois la solution la plus efficace et la plus flexible dans le temps avec l’utilisation des box spreads (soit pour moduler son exposition soit pour être sa propre banque) et des purges de PV lors de donations futures. Le PEA semble être aussi leverageable chez Boursobank (1% au delà de l’€STR sur un an) si l’encours dépasse 200k et liquidable théoriquement seulement si le collatéral ne perd pas plus de 40%. Le NTSZ semble être accepté aussi en collatéral étrangement.

Dans ce schéma, l’assurance-vie devient surtout un outil opportuniste dans une logique de rendement quasi certain : capter des “boosts” temporaires proposés sur des supports euros avec des frais de gestion autour de 0,7% mais un gain additionnel de l’ordre de 1,5%. L’intérêt devient encore plus évident à grande échelle, où l’effet de mutualisation peut réduire le risque global du portefeuille, même si cela n’apporte pas de convexité réelle — ce qui, de toute façon, est aussi vrai pour une grande partie des diversifiants dont la convexité est incertaine ou régime-dépendante.

Bonjour,

Des diversifiants à la convexité incertaine ou régime-dépendante ? En clair ?

Merci d’avance,

Rémy

Quand je dis “convexité incertaine ou régime-dépendante”, je veux simplement dire que beaucoup d’actifs censés diversifier ne protègent pas de façon stable dans tous les contextes.

Par exemple, des obligations longues, l’or ou des stratégies alternatives peuvent très bien jouer leur rôle de protection dans certains régimes (déflation, crise de croissance), mais être beaucoup moins efficaces voire corrélés aux actions dans d’autres (inflation forte, choc de liquidité comme en 2022).

Donc leur capacité à amortir les pertes dépend fortement du contexte de marché. Elle n’est pas constante ni garantie.

C’est ça que j’appelais “convexité incertaine” : ce n’est pas une protection mécanique, mais une protection conditionnelle au régime économique.

Je disais aussi que le fonds euros — qui correspond en pratique à une exposition majoritairement obligataire investment grade de duration intermédiaire, avec un rendement lissé par l’assureur afin de masquer la volatilité de marché — n’apporte pas réellement de convexité car il se comporte davantage comme du cash rémunéré : rendement linéaire, avec une corrélation généralement légèrement positive aux actions.

À l’inverse, des obligations longues de haute qualité théorique peuvent, dans certains régimes macroéconomiques (par exemple une récession désinflationniste accompagnée de baisses de taux), évoluer fortement à contre-sens des actions. Cette corrélation négative est très puissante dans une construction de portefeuille, car elle permet au portefeuille de préserver davantage de valeur pendant les phases de stress. Lorsque les actions repartent ensuite à la hausse, le portefeuille redémarre depuis un niveau plus élevé, ce qui améliore fortement la dynamique de composition à long terme.

En tout cas c’est ma compréhension et mon opinion à date.

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