1. De l’ignorance à l’abondance de connaissances
La France semble être passée de l’ignorance financière à une véritable abondance de connaissances. On voit émerger de nombreux experts et vulgarisateurs de qualité : Cayas, Philippe Maupas, ou encore Mathieu Louvet, qui représente pour moi, à ce jour, l’essence même de l’Evidence Based Investing.
C’est une excellente chose. J’ai connu l’arrivée progressive de cette connaissance accessible, avec Mathieu Louvet comme l’un des précurseurs de cette approche. Depuis, de nombreux passionnés se sont intéressés à la gestion du risque, aux mathématiques, aux sciences sociales des marchés et à l’optimisation. (Ce qui est génial, j’en suis le premier satisfait)
2. Le paradoxe de la connaissance
Cette évolution nous permet de mieux comprendre les marchés et d’identifier les biais auxquels nous sommes exposés. Pourtant, elle crée aussi un paradoxe : l’éducation financière, censée nous protéger de nos biais, peut parfois nous donner davantage de moyens pour les rationaliser.
Connaître le biais d’action, la surconfiance, l’illusion de contrôle ou encore le biais de récence ne signifie pas que nous cessons de les subir. L’être humain peut parfaitement prendre une décision émotionnelle, puis construire après coup une argumentation rationnelle pour la justifier.
Plus nous accumulons de connaissances, plus nous disposons de leviers pour modifier notre stratégie : changer d’allocation, ajouter un facteur, sélectionner un nouvel actif, optimiser la fiscalité, ajuster le niveau de risque ou chercher une meilleure approche.
Le risque est alors de confondre amélioration théorique et amélioration réelle.
3. La stratégie réellement supérieure
Une stratégie n’est pas nécessairement meilleure parce qu’elle est supérieure sur le papier. Elle le devient surtout lorsqu’elle est effectivement respectée dans le temps, sans interférence ni déviation.
Une stratégie légèrement moins optimale mais suivie pendant vingt ans peut produire un meilleur résultat qu’une stratégie théoriquement parfaite, mais abandonnée ou modifiée au gré des émotions, des performances récentes et des nouvelles informations.
Il existe probablement une multitude d’actifs et de stratégies performants. Ce qui fait réellement la différence, ce n’est donc pas uniquement la qualité de la stratégie choisie, mais la probabilité que l’investisseur soit capable de la tenir pendant les périodes difficiles.
La performance finale dépend autant de la stratégie que de notre capacité à ne pas nous en écarter.
4. Le rôle de la simplicité
La simplicité n’est pas forcément une preuve d’ignorance ou de paresse intellectuelle. Elle peut être une véritable protection comportementale.
Une stratégie simple, comprise dans ses principes, ses limites et ses périodes de sous-performance, laisse moins de place au doute. Elle permet de savoir à l’avance pourquoi on continue à investir lorsque les marchés deviennent inconfortables.
À l’inverse, une stratégie très sophistiquée peut devenir fragile si elle soulève constamment de nouvelles questions. Chaque information supplémentaire peut alors devenir une raison d’intervenir.
On dit souvent que le mieux est l’ennemi du bien. J’ai parfois l’impression qu’il est surtout le pire ennemi de l’investisseur éduqué, rationnel et bien documenté.
5. À partir de quand faut-il dire stop ?
Pour ma part, je pense qu’il faut commencer à dire stop lorsque l’on ne cherche plus à corriger une faiblesse clairement identifiée, mais simplement à calmer une inquiétude ou à satisfaire un besoin d’optimisation.
Avant de modifier une stratégie, il faudrait peut-être se demander :
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Aurais-je pris la même décision sans regarder la performance récente ?
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Cette modification augmente-t-elle mes chances de rester investi ?
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Suis-je en train d’améliorer ma stratégie ou de chercher à reprendre le contrôle ?
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Quand bien même l’ensemble des études convergerait vers l’idée que c’est une bonne décision, dois-je vraiment y aller ? Est-ce que cela ne me fait pas perdre en simplicité ?
La réponse est oui pour ma part : l’excès de connaissances peut nuire à la performance comportementale lorsqu’il transforme l’investisseur en gestionnaire permanent de sa propre stratégie. (J’écris ceci en plein paradoxe car j’aime pourtant la connaissance)
La vraie compétence ne consiste peut-être pas seulement à savoir quoi faire, mais aussi à savoir quand ne plus rien faire.
La vraie compétence ne consiste peut-être pas seulement à savoir quoi faire, mais aussi à savoir quand ne plus rien faire.
Sur le papier, c’est probablement la décision la plus simple qui soit : définir une stratégie cohérente, l’appliquer et ne pas y toucher sans raison valable. Pourtant, c’est aussi l’une des choses les plus difficiles pour quiconque investit, du particulier débutant au meilleur investisseur du monde.
Rester en place demande de résister aux nouvelles informations, aux performances récentes, aux opinions extérieures et à notre propre envie d’agir. Cette inaction n’est pas de la passivité : c’est parfois la forme la plus exigeante de discipline. Elle implique d’accepter que, une fois la bonne décision prise, notre principal risque ne soit plus de ne pas en faire assez, mais d’en faire trop.
Et vous, à partir de quel moment considérez-vous qu’il faut arrêter d’optimiser et simplement laisser le temps faire son travail ?
(Co-rédigé avec IA)