La licorne française Alan annonce un nouveau financement de 100 millions d’euros qui la valorise désormais 5 milliards d’euros. L’assurtech indique également avoir atteint la rentabilité sur le marché français en 2025, tout en poursuivant son expansion internationale.
Une nouvelle levée de fonds pour Alan. La licorne française spécialisée dans l’assurance santé en entreprise annonce un nouveau tour de table de 100 millions d’euros. L’opération est menée par Index Ventures et réunit des investisseurs historiques comme Belfius, ainsi que de nouveaux partenaires financiers, dont Greenoaks, Kaaf Investments et SH Capital. Des business angels et des sportifs participent également à l’opération, parmi lesquels le footballeur Antoine Griezmann. Ce tour de table fait suite à son dernier de 173 millions d’euros il y un an et demi.
« Nous n’avions pas besoin de lever des fonds. C’était opportuniste. Nous avons eu une demande de la part de nos investisseurs existants pour réinvestir, mais aussi de nouveaux investisseurs », explique Mihaela Albu, directrice financière d’Alan. Ce financement valorise désormais l’entreprise à 5 milliards d’euros.
« Cette levée de fonds va nous permettre de procéder à des acquisitions et de soutenir notre expansion internationale », précise-t-elle. Après la France, la Belgique et l’Espagne, Alan s’est récemment implantée au Canada, où elle vient de remporter un contrat important. La startup envisage également de s’implanter dans un nouveau pays d’ici 2027.
Vers le milliard de revenus annuels récurrents
L’entreprise en profite également pour dévoiler ses derniers indicateurs financiers. En 2025, Alan annonce une croissance de 53 % de ses revenus annuels récurrents (ARR), qui atteignent désormais 785 millions d’euros, contre 505 millions d’euros en 2024.
La startup revendique désormais plus d’un million de membres et 37 000 entreprises et organismes publics clients. Elle vise désormais le milliard d’euros de revenus annuels récurrents. « Notre croissance est équilibrée entre le secteur privé et le secteur public, et nous sommes présents sur tout type d’activité », explique Mihaela Albu.
Alan travaille notamment avec des grands comptes comme Kiabi ou Veepee, mais aussi avec des PME et des ETI. La startup a également accéléré sur le secteur public. Elle a notamment remporté l’an dernier un contrat important avec le ministère de l’Économie et des Finances, au détriment des acteurs historiques du secteur. Ce contrat couvre plus de 130 000 agents et fonctionnaires. Alan est également devenu l’assureur de la Cour des comptes et de la Direction générale de l’aviation civile.
Rentable en France
Cette croissance permet à la startup d’atteindre pour la première fois la rentabilité en France, un marché qui représente plus des trois quarts de son activité.
« Nous aurions pu être rentables au niveau mondial, mais nous avons préféré continuer à investir dans notre produit et à accélérer notre développement international », explique Mihaela Albu. Alan vise une rentabilité à l’échelle du groupe d’ici 2027. L’entreprise n’a cependant pas communiqué le montant exact de son résultat, mais indique avoir divisé par deux ses pertes au niveau du groupe. En 2024, elle enregistrait 34 millions d’euros de pertes. Elle dispose par ailleurs d’une trésorerie de 376 millions d’euros.
Mihaela Albu souligne également que « la masse salariale n’a augmenté que de 10 % en 2025 ». La startup emploie aujourd’hui environ 800 salariés.
je ne suis pas expert en valorisation mais comment expliquer qu’avec un ARR de près de 1 Md, leur valo est si peu élevée: 5 Mds ?
5x le chiffre d’affaires annuel, c’est déjà pas mal !
Ce n’est pas un multiple des bénéfices
Ouai, si tu fais plus de 2/2.5 fois c’est déjà énorme.
Si tu vends à du PE ou à un industriel (donc plus dans une optique M&A que levée), les valos qu’on voit c’est entre 5x et 15x l’EBITDA, en fonction du secteur, de la croissance et de la maturité de la boite… Et 15x c’est vraiment pour un actif avec beaucoup de croissance et un vrai avantage (IP ou tech). Dans ma branche, la pharma, une belle boite solide et rentable c’est plutôt 7 à 10x et c’est une des industries où les multiples sont les plus élevés. Pour atteindre du 5x le CA, ça voudrait dire que tu as une marge opérationnelle démentielle.
Si qqun veut acheter ma boite à 5x CA je vends ASAP et je me barre comme un voleur ![]()
Toi tu vises quelque chose comme 1x le CA, non?
Je connais pas tes marges, mais en gros à 8-12% d’EBITDA, t’es souvent content de vendre 1x le CA.
J’ai échoué à vendre ma première boite 0,3x le CA, malgré 60 prospects… bon, elle était tout juste à l’équilibre - mais il y avait un actif sous jacent sympa (mais sur un secteur cauchemardesque
)
J’ai un bel EBITDA, de l’ordre de 20 à 25% du CA (plutôt supérieur aux benchmarks de mon industrie), un peu de gras comme n’importe quelle société familiale, et pourtant une orga plutôt légère (< 20 ETP, fabless, beaucoup de services sous-traités), pour un acquéreur cela signifie qu’il a plusieurs leviers d’upside : intégrer et mutualiser certains services aujourd’hui sous-traités s’il a déjà les compétences en interne, typiquement la fabrication s’il a déjà une usine, développer notre portefolio à l’export (acquéreur français ou étranger), développer son portefolio en France (acquéreur étranger si présence faible), et évidemment restructuration mais ce n’est pas là où ça sera le plus significatif (quelques fonctions non core qui pourraient être en double). Dans tous les cas, vu sa taille, la boite est plutôt “facile” à intégrer (après je serai sensible au sujet de culture d’entreprise, ça ne sera pas si facile pour un gros avec une culture très corporate). Risque principal (et élevé) pour lui, nos revenus sont très concentrés sur 2/3 références, donc potentielle disruption sur le marché, ceci dit nous avons évalué ce risque et si ça impacte évidemment le CA et la croissance, la boite reste saine car on peut facilement débrancher quelques prestas coûteux. A ne pas négliger non plus, management critique vieillissant.
Vu ces caractéristiques, on est plutôt un actif de build-up pour un industriel (detenu ou non par du PE, pour la petite anecdote Cayas, j’ai même eu quelques touches avec des boîtes côtées) qu’une plateforme potentielle pour un fond de PE qui voudrait s’exposer à notre industrie.
Je te mentirais si je te disais que je n’avais pas un chiffre symbolique en tête, il est supérieur à 1x le CA en tous cas, plutôt de l’ordre de 1.5x CA / 6x EBITDA, au délà de 7x EBITDA je serai ravi. A mon avis c’est faisable, à voir comment les candidats jugent le risque de disruption et la résilience potentielle de la boite.
Punaise, solide le dossier ![]()
J’imagine que t’es accompagné ?
T’es ferme sur l’éventuel earnout ? Que ce soit un industriel, un fonds de PE ou une boîte cotée, ça m’étonnerait beaucoup qu’ils te laissent filer avant 2/3, voire 5 ans.
Yes, j’ai fait mon petit tour des banquiers pertinents dans mon industrie et ma taille, parfois en sous-marin, c’est à dire, sans évoquer spécifiquement mon projet pour éviter que ça fuite trop vite mais en l’évoquant comme une éventualité moyen terme, en annonçant être plutôt à l’achat d’asset et pour me faire connaître. J’ai pris celui avec lequel j’avais la meilleure connexion humaine et qui se trouve être, et c’est tant mieux, dans une maison avec une bonne réputation mais ce point était vraiment un critère sous-pondéré dans ma décision. Idem côté avocat. J’ai dégagé tous ceux qui étaient hyper pushy sur le LBO, je ne me voyais pas me leverager (ok techniquement c’est la boite qui est leveragée) vu la part que prend la boite dans mon patrimoine, même avec un petit cash-out au passage.
Pas totalement fermé sur les earn-out non, mais plutôt en plan B et pas trop longtemps. Je ne suis pas sûr d’arriver à maintenir ma détermination en étant plus maître à bord.
tu étais dans le textile c’est ça ?
Je connais mal mais j’ai l’impression que c’est difficile de fidéliser / se renouveller / maintenir des marges sans tout déglinguer en marketing EN MÊME TEMPS. être à la mode. pfff déjà que c’est compliqué d’avoir une garde robe fidèle à qui tu es et pas trop ringarde, alors le faire côté boite, je n’imagine même pas.
Oui,
On avait créé un business sorti de nulle part, principalement grâce aux publicités Facebook et Instagram en 2015, un sujet que quasi personne ne maîtrisait encore en France.
On a creusé notre propre tombe en étant les ambassadeurs de Meta partout en Europe : avec 6 autres PME, on a participé à une table ronde de lobbying avec Sheryl Sandberg, alors n°2 de Meta et « 4e femme la plus puissante du monde » selon Forbes, ainsi qu’à la ministre irlandaise des affaires européennes et à une rapporteuse du Parlement européen. L’objectif de Meta était de montrer à quel point ils contribuaient à l’émergence et au développement des PME européennes, capables de vendre partout dans le monde (on vendait dans 60 pays grâce à leurs publicités).
Avec notre histoire et notre modèle social qui finançait des journées d’école à des enfants défavorisés au Pérou, on était l’étude de cas idéale pour eux.
Ils organisaient des salons et nous invitaient partout en France et en francophonie, faisaient de la publicité partout avec nos gueules, pour inciter les autres PME à annoncer chez eux
On était ravis à l’époque.
Bon, la réalité, c’est que ce qui a déclenché notre lente et douloureuse mort, c’est le Covid, où tout le monde a enfin compris le potentiel du e-commerce et des publicités en ligne.
Avec cette adoption massive et rapide, les coûts d’achat d’espace publicitaire sur Meta ont quadruplé entre 2018 et 2022, rendant notre modèle économique caduc. On est passé de 8 % de notre chiffre d’affaires dépensés en publicités à 27 % en 2023 (avec 50 % de marge brute).
Concrètement, je suis devenu un véritable esclave des GAFAM, Meta et Google spécifiquement : je leur ai donné plus de 50 % de ma marge brute pendant les cinq dernières années, soit plus de 1 M€ au total, alors que je me rémunérais 800 € par mois ![]()
Bref, je raconte les 10 ans de Perus et cette fin dans ce podcast de 40 minutes :
Après faut pas que je me plaigne, pour 1M € j’ai eu une belle photo souvenir ![]()
Je rigole mais en réalité je suis pas certain que ce soit Meta les méchants dans cette histoire. C’est le marché qui dicte son impitoyable loi.
Meta a d’ailleurs été plutôt sympa. Par exemple pendant le Covid il nous ont spontanément donné 10k € de crédit publicitaires. C’était évidemment intéressé, mais ils nous ont aussi fait des facilités de paiement significatives : on payait à 2 mois + 60 jours de différé avec American Express (miam les miles
)
